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Traduit de l’anglais par Jane Fillion et révisé par Marie-Caroline Aubert.    

 

1957, la guerre de Corée s’est achevée à peine 4 ans auparavant, les Etats-Unis et encore plus ses états du centre et du sud, voient s’envenimer les tensions raciales.

Alors qu’à Little Rock, en Arkansas, des émeutes grondent parce que des enfants noirs se voient refuser l’accès à une école, trois petites frappes blanches, de l’autre côté du fleuve, ont l’idée d’enlever le petit fils d’un noir riche afin de demander une rançon.

Parlons de la trame et du kidnapping. Loin d’être des pros, les trois malfaiteurs nous réservent des scènes assez drôles, notamment l’enlèvement en lui-même qui s’avère rocambolesque. Ces trois personnages ne sont pas vraiment doués et ont la chance de tomber sur un gamin pour le moins coopératif, et une famille rançonnée qui ne le sera pas moins. Quand on ajoute à ça un triangle amoureux, la fin est facilement imaginable. Donc, ce n’est pas forcément dans la trame superficielle du roman que résidera son intérêt même si l’histoire reste plaisante et divertissante.

Sous le prétexte de ce rapt, c’est surtout la lutte raciale qu’aborde Shelby Foote. En effet, l’un des ravisseurs passe son temps à regarder les infos à la télévision, suivant de très près ce qu’il se passe en Arkansas et attendant d’hypothétiques déclarations d’Eisenhower contre le gouverneur Faurus, partisan de la ségrégation et qui refuse que de jeunes noirs intègrent une école jusque-là réservée aux blancs.

Avec les trois ravisseurs, plutôt dans les classes défavorisées, blancs, nous voyons que le racisme, les préjugés, malgré la seconde guerre mondiale, celle du pacifique et enfin celle de Corée où les noirs ont combattu eux aussi, toutes ces idées tronquées sont encore très présentes.

D’un autre côté, avec une famille nantie noire, rançonnée, l’auteur nous explique la défiance envers la police et la politique de cette communauté qui cherche à s’intégrer, jusqu’à essayer de se métisser le plus possible afin d’avoir la peau de moins en moins noire. D’ailleurs c’est en partie sur cette défiance que vont s’appuyer les ravisseurs en prévoyant très justement que la famille ne fera pas forcément appel à la police, majoritairement blanche.

Ce roman a été écrit en 1977 et certaines descriptions passeraient certainement moins « bien » à notre époque et il est nécessaire pour sa lecture, de le resituer dans son espace-temps comme beaucoup de romans datant du siècle dernier parce que les choses ont changé, plus ou moins, mais c’est un fait.

L’idée de cette trame, sorte de négatif des idées préconçues telles que les noirs sont de la racaille et les blancs sont des êtres parfaits, était vraiment bien imaginée et très parlante. C’est subtil et intelligent.

 

A (re)découvrir donc pour ceux qui n’auraient pas lu la première édition chez Denoël en 1981 sous le titre Septembre en noir et blanc.

 

4ème de couverture :

Septembre 1957 marque une date importante dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l’ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock. Le même mois, à Memphis, trois apprentis gangsters que l’on pourrait qualifier de pieds nickelés planifient et mettent à exécution un projet dont l’ironie est criante : ils sont blancs, mais le jeune garçon qu’ils vont kidnapper est issu d’une famille aisée de la bourgeoisie noire. Sur fond d’émeutes retransmises par la télévision, nous voyons Podjo, joueur invétéré et stratège du trio, Rufus, l’abruti obsédé sexuel, et sa copine, l’aguicheuse Reeny, louer une maison isolée, séquestrer le petit Teddy et toucher la rançon. Et ensuite ? Ensuite, c’est comme dans un roman noir…

 

L’auteur :

Shelby Foote est né en novembre 1916 à Greenville dans l'État du Mississippi. Romancier et historien, il a signé six romans, parmi lesquels L'enfant de la fièvre (1975) et L'amour en saison sèche (1978), ainsi qu'une magistrale Histoire de la guerre de Sécession, événement charnière de l'histoire du Sud. Plus jeune que Faulkner, Shelby Foote est l'auteur d'une œuvre exigeante et forte. Il a consacré sa vie à « dire le Sud », à tenter d'y trouver la vérité : «Pour la trouver, il faut parler, se souvenir. Il faut que tout soit révélé, coûte que coûte », y compris ses fautes, ses crises, bref son humanité.

Shelby Foote est mort le 27 juin 2005 à l'âge de quatre-vingt-huit ans.

 

 

 

September September

Septembre 1957 marque une date importante dans l'histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l'Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l'ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l'entrée de leur collège de Little Rock.

http://www.gallimard.fr



 

Editeur : Gallimard (février 2020)

Collection : La Noire

ISBN : 9782072828829