EVADEZ-MOI

05 mars 2021

Un dernier ballon pour la route de Benjamin Dierstein

dierstein

 

 

Un dernier ballon pour la route, c’est un peu la phrase « fil rouge » de ce roman noir.

Il faut avouer qu’il est beaucoup question de ballons dans cette histoire, la plupart des scènes les plus improbables se déroulent au bord d’un zinc et sont imbibées de piconard (pour savoir ce que c’est, il faudra lire le roman) ou de Suze.

L’auteur en profite pour nous offrir une avalanche de sketchs de comptoirs à prendre à différents degrés mais qui m’ont beaucoup amusée.

Mais parlons d’abord de la trame. Parce que sous un couvert de comédie se cache un vrai roman noir. Du meurtre de l’amour de jeunesse du personnage principal, Freddie Morvan, ex-flic, ex-détective privé, ex-agent de sécurité, raté notoire, en passant par un kidnapping de gamines un peu (beaucoup) barrées, sans oublier de riches propriétaires terriens aux mains pas très propres, Benjamin Dierstein nous plonge dans une enquête atypique.

Les personnages ne sont pas plus « normaux » que les situations. Vous aurez mêmes droits à des « Apaches », poussant à l’extrême l’opposition entre les riches du village dont certains membres de la famille la plus puissante occupent des postes clé comme maire ou gendarme, et ceux qui occupent parfois indument des terres pour y planter leur campement.

Freddie et son ami Didier forment un duo qui n’est pas sans rappeler les frères Babbitt dans le film Rain Man. Didier est un homme resté enfant, un cœur énorme, une fidélité sans borne mais un homme maladroit, parfois brutal et rarement sobre. Freddie est là pour les sortir des pires situations et éviter à Didier de déclencher des catastrophes. Ils forment un duo somme tout attendrissant et attachant et apportent cette originalité indéniable à ce texte bourré d’humour.

C’est un humour noir, cynique, parfois lourdingue. On aimera, ou pas, mais je défie quiconque de ne pas sourire en lisant les péripéties de Didier et Freddie, malgré le fond triste et déprimant. Parvenir à gommer une grosse part de noirceur avec des blagues de potache sans pour autant effacer la trame polar, c’est un tour de force qui n’est pas donné à tous les auteurs. Benjamin Dierstein y arrive avec une facilité déconcertante.

 

4ème de couverture :

 

Viré de l’armée, viré de la police, viré d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d’une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu’au village de son enfance.

Il y rencontre des propriétaires terriens mélancoliques, des apaches héroïnomanes, des chasseurs de primes asociaux, des clochards célestes, des fillettes qui parlent avec les loups, des chèvres dépressives, des barmaids alcooliques, des ouvriers rebelles, des trappeurs zoophiles, des veuves anarchistes, des médecins écervelés, des charlatans suicidaires, mais surtout des vaches mortes, beaucoup de vaches mortes.

 

L’auteur :

Benjamin Dierstein est né à Lannion. Il travaille dans le milieu de la musique électronique à Rennes. Entre deux afters, il couche sur papier des histoires tordues et survoltées, remplies de personnages tourmentés par leurs obsessions. Il a publié son premier roman en 2018 : La sirène qui fume, premier volet d’une trilogie, avec pour toile de fond la fin de règne de la Sarkozie. Le deuxième tome, La Défaite des idoles, a paru en février 2020.

 

Un dernier ballon pour la route - les arènes

Viré de l'armée, viré de la police, viré d'une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d'une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu'au village de son enfance.

https://www.arenes.fr



Editeur : Les Arènes (mars 2021)

Collection : Equinox

ISBN : 979-1037502902

 

 

Posté par LauLo-EvadezMoi à 10:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


01 mars 2021

La face Nord du cœur de Dolores Redondo

redondo

 

Traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet.

Folio édite en poche la trilogie de Batzan composée du Gardien Invisible, de De chair et d’os et d’Une offrande à la tempête.

À la Série Noire sort La face Nord du cœur, thriller de près de 700 pages quand même, qui peut être considéré comme un préquel à la trilogie qui l’a précédé. Peu importe que vous ayez déjà lu la trilogie mais dans le cas contraire, autant commencer par le grand format qui est paru en ce début d’année.

A la lecture de ce roman, il est évident que l’auteure maîtrise toutes les techniques des thrillers :

Un tueur en série fanatique qui assassine des familles entières en laissant une signature très personnelle,

Un tandem FBI-Police où, bien évidemment, les agents du FBI feront figure de super-héros,

Si possible, une belle et jeune agente au milieu de flics bien virils,

Une action qui se déroule aux Etats-Unis (allez savoir pourquoi tout le monde pense que ça fonctionne mieux là-bas),

Un décor stressant, ici le bayou ou la forêt Galicienne,

Une enquête survoltée, des indices qui tombent comme par magie,

Des situations improbables mais comme on dit, plus c’est gros, mieux ça fonctionne.

Nous avons donc tous les éléments d’un thriller efficace comme j’en lis peu parce qu’ils sont souvent mauvais, répétitifs, inconsistants, avec des intrigues et des personnages éculés. Tout le contraire de La face Nord du cœur.

Tout ce qui me ferait refermer un livre en temps normal est justement ce qui m’a tenue arrimée à ce roman que je n’avais pas du tout envie de terminer.

Comme je l’ai dit, tout est maîtrisé avec talent, depuis l’environnement avec cet ouragan Katrina en toile de fond et qui a réellement détruit des vies entières, jusqu’aux personnages et en particulier celui d’Amaia, une jeune femme au très lourd passé de maltraitance qui a grandi au milieu de légendes basques qui ressemblent beaucoup aux croyances dans le Bayou.

Si le tout est parfois peu crédible, peu importe, le genre « thriller » le supporte sans problème.

Ce roman, en tout cas, reste le meilleur thriller que j’ai lu depuis très longtemps.

 

4ème de couverture :

Amaia Salazar, détachée de la Police forale de Navarre, suit une formation de profiteuse au siège du FBI dans le cadre d'un échange avec Europol. L'intuition singulière et la perspicacité dont elle fait preuve conduisent l'agent Dupree à l'intégrer à son équipe, lancée sur les traces d'un tueur en série recherché pour plusieurs meurtres de familles entières. Alors que l'ouragan Katrina ravage le sud des Etats-Unis, l'étau se resserre autour de celui qu'ils ont surnommé le Compositeur. La Nouvelle-Orléans, dévastée et engloutie par les eaux, est un cadre idéal pour ce tueur insaisissable qui frappe toujours à la faveur de grandes catastrophes naturelles. L'association du réalisme cru de scènes apocalyptiques en Louisiane, de rituels vaudous des bayous et de souvenirs terrifiants de l'enfance basque d'Amaia constitue un mélange ensorcelant et d'une rare puissance romanesque.

 

L’auteure :

Dolores Redondo, née en 1969, a étudié le droit et les arts culinaires. Entre 2013 et 2014 elle publie la trilogie du Baztan, une série d'enquêtes basée dans les Pyrénées basques, qui s'est vendue à plus d'un million d'exemplaires dans une trentaine de pays. Le premier tome, Le Gardien invisible, a été adapté à la télévision (Netflix, 2017).

 

 

La face nord du cœur

" Dolores Redondo fait partie de ces auteurs de polars dont on attend le nouveau livre avec une impatience mêlée d'angoisse. Car la mort, chez elle, n'est pas un couperet qui tranche d'un coup net le fil qui vous relie à la vie, c'est quasi un personnage à part entière avec lequel il faut accepter de cohabiter le temps d'un roman, et même au-delà.

http://www.gallimard.fr

 

Editeur : Gallimard (janvier 2021)

Collection : Série Noire

ISBN : 978-2072888779