EVADEZ-MOI

16 janvier 2021

Créatures de Crissy Van Meter

CREATURES-3D

 

Traduit de l’anglais par Mathilde Bach.

 

Cette année 2021 signe l’année d’un renouveau chez Delcourt Littérature qui devient La Croisée avec un catalogue de littérature étrangère qui promet de belles découvertes.

On commence ce mois-ci avec un roman aussi beau dedans que dehors.

On pourrait donc croire, au vu de la couverture, que l’on va se retrouver face à des créatures des fonds marins. Non, mais pas loin.

Crissy Van Meter nous transporte sur une île au large de la Californie, Winter Island.

Si on est un tantinet attentif, on remarque très vite que les hommes sont absents, pas de l’histoire ni de la vie d’Evie, mais de cet endroit, au moment où commence le roman.

Le père d’Evie est décédé, son fiancé, marin pêcheur est, pour l’instant, disparu en mer dans une tempête qui arrive tout droit sur l’île. Sa mère qui brillait pourtant par son absence pendant l’enfance et l’adolescence d’Evie débarque au propre comme au figuré. Pour couronner le tout une baleine (on dit une, c’est comme ça, alors on dira que c’est une femelle) est venue mourir dans le bassin.

En attendant le retour de son fiancé, Evie se souvient de sa vie sur cette île avec son père. Elle raconte son enfance sans sa mère qui ne faisait que de brèves apparitions avant de repartir sur le continent. C’est comme si Evie et son père étaient reliés à cette île par des chaînes, qu’ils étaient condamnés à y rester et à y survivre. Au milieu des tempêtes, souvent sans domicile, le père et la fille ont vécu de la culture et du commerce d’une espèce particulière de Marijuana, la Winter Wonderland faisant de Winter Island une terre promise pour les consommateurs mais aussi une prison flottante pour ses habitants.

Au fil du texte on découvre une jeune femme forte qui a été la bouée de sauvetage de son père, celui qui sombrait à chaque départ de sa femme.

Dans un superbe décor sauvage, au milieu des embruns et du sel collé aux pages, on lit un magnifique texte qui montre la force que peuvent avoir certaines femmes et combien votre environnement et vos conditions de vie vous forgent le caractère. Tout ça sans sombrer dans un féminisme militant, on apprécie.

Donc, oui. C’est aussi beau dedans que dehors.

 

Un extrait :

J’ai envie de parler de mon père. Du fait que ma vie n’a pas pris la direction qu’elle aurait dû prendre, que je n’étais pas sûre de la façon dont elle allait tourner, que je suis liée à ce rocher au milieu de la mer, que je ne sais peut-être pas comment être amoureuse, ni ce qu’est l’amour. Que ma mère et mon père, les tempêtes, les montagnes, le continent, ma propre tendance à materner les autres peut-être que cela a tout gâché. J’ai envie de parler de Liam. De notre bonheur presque constant, de la peur que je ressens de le perdre un jour, lui aussi, car je ne sais pas comment ne pas perdre les choses. Ma mère continue de manger. Elle continue de se taire, et ce néant entre nous me fait tellement de peine, cette paix est si pesante, qu’il me faut la briser, car parfois je ne sais rien faire d’autre que briser. Pour trouver le Chaos.

 

4ème de couverture :

À la veille de ses noces, Evie fait face à trois problèmes : son fiancé marin-pêcheur est porté disparu en mer, la carcasse puante d’une baleine s’est échouée dans le petit port de Winter Island ; enfin sa mère épisodique a débarqué sans crier gare. Mais Evie en a vu d’autres. Elle a grandi trop vite auprès d’un père magnifique, aimant et négligent. Ensemble, ils ont vécu comme des hobos, des pirates, des explorateurs… et du commerce de la Winter Wonderland, la légendaire marijuana locale. Alors parfois il y avait des tempêtes, parfois des coups de soleil.

Et il y avait toujours juste assez pour ne jamais quitter cette ile magnétique, furieuse et solitaire, « comme germée du fond des eaux » au large des côtes californiennes. Au rythme changeant des marées, le récit se conjugue à tous les temps, à mesure qu’Evie évalue les dommages collatéraux de sa drôle d’enfance et les incertitudes inhérentes à sa vie insulaire.

 

L’auteure :

CRISSY VAN METER vit à Los Angeles. Elle enseigne l’écriture au Writing Institute du Sarah Lawrence College. Elle est la fondatrice de la plateforme Five Quarterly et responsable éditoriale de Nouvella Books. Créatures est son premier roman.

 

Créatures - Les Éditions La croisée, la littérature en mouvement

" En posant l'oreille sur l'océan, tu pourrais bien l'entendre vibrer en toi. " À la veille de ses noces, Evie fait face à trois problèmes : son fiancé marin-pêcheur est porté disparu en mer, la carcasse puante d'une baleine s'est échouée dans le petit port de Winter Island ; enfin sa mère épisodique a débarqué sans crier gare.

https://www.editions-lacroisee.fr



Editeur : La Croisée (janvier 2021)

ISBN : 978-2413038146

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14 janvier 2021

Leonid doit mourir de Dmitri Lipskerov

leonid-doit-mourir

 

Traduit du russe par Raphaëlle Pache.

Depuis le lycée, j’ai une affection particulière pour la littérature russe et c’est peut-être Dostoievski qui m’a amenée au polar, allez savoir.

Il y a presque un an, je vous parlais de L’outil et les papillons de Dmitri Lipskerov  (traduit par Raphaëlle Pache également). C’est un roman drôle et subtil.

Si j’ai beaucoup aimé le précédent, la lecture de Léonid doit mourir a été un vrai régal.

On suit en parallèle deux personnages dans deux époques distinctes.

Il y a tout d’abord l’histoire de Léonid qui, comme tout être humain, débute à l’état de fœtus au début des années soixante. Mais Léonid est un fœtus particulier, doté, dès sa conception ou presque, d’une conscience, d’une capacité de compréhension du monde extérieur au ventre de sa mère qu’il voit comme son « Cosmos ». Ce petit « futur » homme est capable de percevoir tout ce qui se déroule, de ressentir de la haine pour ceux qui feraient du mal à sa mère. Quand elle meurt en lui donnant naissance, il se jure de la venger.

Ici, c’est prétexte pour l’auteur de parler un peu mais clairement cependant de l’avortement ou plutôt du statut du fœtus. Puis, de décrire ce que pourrait ressentir un bébé privé de sa mère et confié à un orphelinat d’Etat dans l’Union Soviétique du début des années soixante.

C’est souvent très drôle, une façon de tourner en dérision des vérités difficiles à accepter sur la condition des russes, les plus pauvres, des agissements de la police et du devenir des orphelins et des enfants handicapés dans ces institutions.

Il y a ensuite Angelina, 82 ans au début des années 2000, dont l’auteur nous retrace les prouesses militaires mais aussi tous les chagrins qui ont jalonné sa vie jusqu’à ce que, alors octogénaire, on lui offre la possibilité d’une jeunesse si ce n’est éternelle, en tout cas de retour.

A travers Angelina et d’autres personnages, c’est la quête de jouvence à tout prix, une sorte de course à la jeunesse par tous les moyens, que l’auteur nous expose.

Enfin, réunissant ces deux personnages exceptionnels, avec une bonne dose de fantastique, saupoudré de mysticisme, Dmitri Lipskerov démontre que quoi que l’on fasse, le passé nous rattrape et nous amène à nous poser la question : est-ce que ça en vaudrait vraiment la peine ?

Dmitri Lipskerov a une imagination débordante, une écriture lucide, subtile, un peu cynique mais avec beaucoup d’humour. Il parvient à dénoncer un régime dur avec dérision. C’est toujours un réel plaisir de lire ses textes et celui-ci est, pour l’instant, mon préféré.

 

4ème de couverture :

En 1964, Léonid est un fœtus doué de conscience qui livre avec humour ses réflexions depuis le ventre de sa mère. Celle-ci morte en couches et son père disparu, le petit passera son enfance oublié de tous dans un orphelinat, où il se découvrira certains dons et un goût très personnel pour la vengeance.

En 2005, Angelina, 82 ans, sniper à la retraite capable de pressentir la mort des hommes, héroïne de la Grande Guerre patriotique, se lance dans une quête de jouvence. Son médecin est formel : si sa peau est ridée et détendue, ses cellules ont gardé la vitalité de ses vingt ans...

Que peut-il advenir d'une rencontre entre Léonid et Angelina ?

 

L’auteur :

Dmitri Lipskerov, né en 1964, est l'auteur de pièces de théâtre, de nouvelles et de plusieurs romans qui lui ont acquis une popularité exceptionnelle et le statut d'un des écrivains les plus marquants de la Russie actuelle. Souvent comparé à Gabriel García Márquez et à Viktor Pélévine, Lipskerov est un représentant remarquable du réalisme magique, offrant une lecture de l'état des choses dans le pays à travers des images saisissantes où le surnaturel se mêle au poétique, au grotesque et au baroque.

Déjà paru aux éditions Agullo : Le dernier rêve de la raison (janvier 2018), L’outil et les papillons (février 2019).

A lire aussi :

 

L'outil et les papillons de Dmitri Lipskerov - EVADEZ-MOI

Traduction de Raphaëlle Pache. Aujourd'hui je ne vais pas vous parler d'un roman noir même si ce roman montre, disons, un des travers des hommes qui les conduit à certains comportements qui ont tendance à engendrer le pire.

http://www.evadez-moi.com



Éditeur : Agullo (janvier 2021)

Collection : Agullo Fiction

ISBN : 979-1095718987

Posté par LauLo-EvadezMoi à 16:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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