EVADEZ-MOI

17 juillet 2018

Le Loup d'Hiroshima de Yûko Yuzuki

61iDFdUZwXL

 

 

Possession illégale d’armes à feu, trafic de cannabis et de méthamphétamine, paris clandestins… Dans notre secteur, les gangs commettent un grand nombre de délits au quotidien et leurs rivalités sont fréquentes. Ces individus troublent l’ordre public et menacent la sécurité.

Ainsi commence ce polar nippon de la toute nouvelle maison « Atelier Akatombo » qui, avec cette première traduction, souhaite se consacrer à la fiction japonaise.

Roman paru au Japon en 2015, ce polar est un très bon représentant du genre sans pour cela faire dans l’originalité, si ce n’est sa touche d’exotisme pour les lecteurs plus habitués aux romans policiers français ou anglo-saxons. Et effectivement, c’est cette touche exotique qui fait que c’est un polar vraiment plaisant et intéressant puisqu’au lieu de mafieux je dirais « classiques », nous avons ici des yakusas que leur réputation précède.

Très organisés et hiérarchisés, Odani, Takii, Kakomura et Irako, ces gangs asiatiques n’en sont que plus dangereux et plus efficaces. Guerre des gangs, meurtres, disparitions, vengeances jalonnent ce polar musclé.

La police nipponne, représentée ici par Ôgami et Hioka, respectivement commandant et lieutenant, entre elle aussi en guerre contre certains gangs. Ici aussi on retrouve les codes du genre avec un flic plus âgés au passé pour le moins louche et son subordonné, plus jeune, encore tout imprégné des règles qu’on lui a enseigné en école de police.

Se croisent également de nombreux gangs de yakusas, on découvre une partie de leur code d’honneur mais aussi leurs trafics sans scrupules.

Au-delà de la trame policière, l’auteure nous dépeint aussi une police corrompue, flirtant avec des chefs de gangs, les manipulant parfois pour obtenir un semblant de calme sur les différents territoires contrôlés par les yakusas.

Il en ressort, pour moi, un très bon polar qui permet de se familiariser avec le système policier japonais ainsi qu’avec la hiérarchie qu’il peut exister au sein des gangs yakusas. Vraiment intéressant.

 

4ème de couverture :

Juin 1988. Préfecture d'Hiroshima.
Le commandant Ôgami a la réputation d'être l'un des meilleurs enquêteurs du Japon. Mais selon la rumeur, il serait trop proche des yakuzas. Sa hiérarchie le trouve ingérable, pourtant elle ne peut se passer de lui. Surtout au moment où une nouvelle guerre des gangs menace, après la disparition du comptable d'une officine de prêt dirigée par la pègre. 
Sur la côte nord de la Mer intérieure, l'été est un étouffoir et la tension monte vite entre bandits d'honneur et truands vicieux. C'est dans ce contexte périlleux que le jeune lieutenant Hioka est propulsé adjoint du commandant. 
Il découvre rapidement que l'image de loup solitaire d'Ôgami est justifiée. Ses méthodes sont très personnelles voire brutales et il ne lâche jamais sa proie. Le commandant va d'emblée créer une relation de maître à disciple avec sa nouvelle recrue et l'entraîner dans une course contre la montre. Mais n'est-il pas déjà trop tard? 
Quand un apprenti gangster est assassiné, la tension monte d'un cran dans le monde yakuza. Ôgami parviendra-t-il à éviter le bain de sang ? Quel secret le lie à la belle Akiko, hôtesse d'un bar-restaurant de nuit ? La corruption est-elle vraiment où on l'imagine ? 
Hioka, candide au pays des coups tordus et témoin de tous les instants, n'aura d'autre choix que de s'engager dans un rude voyage initiatique dont personne ne sortira indemne. 

 

L’auteur :

Née en 1968, Yûko Yuzuki vit dans la préfecture montagneuse de Yamagata, au nord du Japon. Auteur d'une douzaine de romans, récompensée par plusieurs prix littéraires, elle connaît un succès grandissant dans son pays. Le loup d'Hiroshima est son premier roman traduit en France.

 

Editeur : Atelier Akatombo (Harmonia Mundi Livres)

ISBN : 9782379270017

18 €

Traduction (Japonais) Dominique et Franck Sylvain

 

https://www.facebook.com/atelier.akatombo/

Posté par LauLo-EvadezMoi à 18:42 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 juillet 2018

Dans Les Angles Morts d'Elizabeth Brundage

41RGKQfevOL

 

 

Il y a des thrillers policiers, ésotériques, psychologiques, maintenant même des thrillers domestiques (comprenez thriller dans un cadre familial), bref du roman usé et élimé qui sent le réchauffé à chaque nouveauté en librairie.

Et puis il y a ce que j’appellerai le thriller littéraire. Dans les Angles Morts en est un.

Vous vous demandez ce que c’est ? C’est simple, c’est un « beau » thriller en plus d’être « bon ». L’écriture est superbe de réalisme, de sensations, d’émotions aussi.

On zappe les scènes violentes inutiles et on mise sur le décor, les personnages.

L’histoire commence par la découverte du corps sans vie de Catherine, une jeune maman, par son mari. Si le mari semble désemparé, le voisinage semble tout sauf surpris. Et on rembobine un an en arrière, avant que Catherine et George emménage dans la ferme des Hale. Ici commence le récit d’un drame annoncé, d’un homme violent et désaxé, d’une famille détruite et d’une maison où drames familiaux flirtent avec le paranormal.

Le décor est rural, une petite ville avec une ferme perdue au milieu des champs. Des gens simples s’y côtoient, la plupart se connaissant depuis des générations. Et puis ces citadins qui arrivent et rachètent pour trois fois rien des maisons qui ont été saisies aux fermiers n’arrivant plus à vivre de leurs exploitations.

Ce n’est pas la forme de la pièce qui compte, lui dit-il, en en tenant une autre en l’air. Ce sont les espaces vides. Ceux qu’il faut remplir. Comme là, vous voyez ?

Ils s’y attelèrent ensemble, et quand ils eurent fini, il remarqua, C’est pas mal, non ? En bas, le puzzle disait, Le calme et le silence. Il faillit en rire, parce qu’une ferme, c’était tout sauf ça. Il n’y avait aucune vérité dans cette scène pittoresque. Ce n’était qu’un chapitre parmi d’autres du grand conte de fées qu’était l’Amérique. Si on voulait voir une vraie ferme, il faudrait des fermiers ruinés et alcooliques, des animaux affamés craignant pour leur vie. Il faudrait des épouses amènes, des enfants au nez morveux et des vieux brisés après avoir donné leur cœur et leur âme à la terre.

Les croyances et superstitions sont encore très présentes et quand plusieurs drames surviennent dans un même lieu on parle vite de lieu maudit.

Le roman nous présente tout d’abord la famille Hale, premiers propriétaires de la ferme. Les parents et les trois frères, encore adolescents, doivent abandonner bétail et maison, ne pouvant plus survenir à leurs propre besoins.

C’était des garçons peu communs, songeait Catherine. Polis, sincères – brisés. Il y avait des choses qu’elle remarquait : le demi-sourire de Cole, comme s’il était désolé d’apprécier ce travail. Son frère Wade, aussi placide que du lait, réfléchi, courtois, un peu gauche. Et Eddy, un poète inconstant, un magouilleur, qui croisait rarement son regard. Quand il le faisait, on ne pouvait pas détourner les yeux.

Tout comme dans la seconde partie où on fera la connaissance de Catherine, tout tourne autour de la mère de famille et de la relation qu’elle a avec son mari.

Elizabeth Brundage nous dresse deux tableaux de femmes aimantes mais mal aimées. Leurs histoires sont différentes tout en restant aussi tragique l’une que l’autre. Et au milieu, gravitent des enfants, des amis, des voisins, des époux parfois coupables, parfois victimes.

Il en ressort un magnifique thriller, remarquablement écrit. On espère que ses trois premiers romans seront très vite traduits en français, et d’une manière aussi parfaite que l’a fait ici Cécile Arnaud.

 

4ème de couverture :

En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps? 
Huit mois plus tôt, engagé à l'université de Chosen, il avait acheté pour une bouchée de pain une ancienne ferme laitière, et emménagé avec sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie, en passe d'être repeuplée par de riches New-Yorkais. Ce qu'il a omis de dire à sa femme, c'est que les anciens propriétaires, acculés par les dettes, s y étaient suicidés, en laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole. Dans les angles morts est aussi l'histoire des frères Hale, et celle de la maison de leur enfance. Pour le shérif Travis Lawton, George est le premier suspect. Mais les secrets sont tenaces dans cette enquête où la culpabilité règne en maître. 

 

L’auteur :

Elizabeth Brundage est diplômée de l'université du Hampshire. Elle a étudié le cinéma à l'université de New York et a été membre de l'American Film Institute de Los Angeles. Elle a enseigné dans plusieurs universités, notamment à Skidmore où elle a effectué une résidence d'écrivains. Elle vit près d'Albany, dans le nord de l'État de New York. Dans les angles morts est son quatrième roman, après la parution aux États-Unis de The Doctor's Wife (2004), Somebody Else's Daughter (2008) et A Stranger Like You (2010).

 

  • Editeur : Quai Voltaire (11 janvier 2018) 
  • Traduction : Cécile Arnaud
  • ISBN: 978-2710383819

 

 

Dans les angles morts - Quai Voltaire - Quai Voltaire - Table Ronde - Site Gallimard

Dans les angles morts est aussi l'histoire des frères Hale, et celle de la maison de leur enfance. Pour le shérif Travis Lawton, George est le premier suspect. Mais les secrets sont tenaces dans cette enquête où la culpabilité règne en maître.

http://www.gallimard.fr

 

Posté par LauLo-EvadezMoi à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 juillet 2018

Idaho d'Emily Ruskovich

41CtFbbMx6L

 

 

S’il y a bien une maison d’édition qui nous offre de magnifiques histoires d’hommes, de femmes et de nature, c’est bien Gallmeister. Avec Idaho, on fait une nouvelle fois la connaissance de personnages très forts servant une histoire tragique.

Wade, par une journée d’été, voit sa vie brisée. Sa femme Jenny, pour une obscure raison, si tant est qu’il puisse y avoir une raison, tue leur fille May, âgée de six ans. June, son ainée de trois ans, assiste à la scène et court se réfugier dans la forêt. Malgré des moyens importants, June ne sera pas retrouvée. Jenny, elle, sera condamnée à perpétuité pour le meurtre de sa fille.

Quelques mois plus tard, Wade épouse Ann en seconde noces. Atteint d’une maladie génétique, Wade perd peu à peu la mémoire et Ann va s’efforcer de découvrir ce qu’il s’est passé ce jour fatidique et imaginer ce qu’a pu devenir June au grès des portraits affichés dans des lieux publics et représentant June telle qu’elle pourrait être à 15 ans, 20 ans...

Voir cette image conçue par ordinateur sur le tableau d’affichage du bureau de poste avait perturbé Ann. Aussi réelle que cette image ait pu paraître, ce n’était qu’une projection, une hypothèse, un visage fabriqué à partir des visages de ceux qui l’avaient aimée.

Il n’y a que les disparus pour être l’objet de pareilles simulations, avait alors pensé Ann. Il n’y a qu’aux disparus que l’on accorde, avec une telle générosité, le sourire de leur grand-mère ou le menton de leur père. Chaque trace de quelqu’un d’autre est un article de foi, un legs familial.

[ …]

En revanche, la vie de May s’arrête avec ce Polaroïd. Personne ne cherche plus à rien deviner de son avenir. Personne ne se demande à quoi elle ressemblerait à dix-sept ans. Car ce qui est possible pour sa sœur est impossible pour elle. Une telle différence est insurmontable. La brutalité avec laquelle la vie s’est arrêtée, la fin choquante de toute forme d’image. May, à l’instant où elle est morte, est devenue quelque chose qu’elle n’avait jamais été auparavant et que sa sœur de sera jamais – elle est devenue absolue.

Cependant, ne croyez pas lire un polar, ni même un roman noir. Il s’agit ici d’un drame et des différentes façons d’affronter la perte d’un être cher, disparu ou décédé.

Ce roman commence donc par une tragédie et cet évènement va influer sur la vie de tous les personnages. Cette histoire est une des plus troublantes que j’ai pu lire, une des plus touchantes aussi.

Porté par un style et une construction originale, ce texte aborde le thème, bien sûr du deuil : le possible, celui de May et peut-être le plus difficile à faire, celui de June.

C’est aussi le récit d’un homme atteint d’une maladie que rien ne peut stopper mais qui, ici, apporte des moments de sérénité à Wade, lui permettant d’oublier sa souffrance, son désespoir.

La plume est aussi belle que l’histoire qu’elle raconte, dans une Amérique rurale attachée à ses terres. Ici l’Idaho forme une bulle étanche dans laquelle vous allez partager la vie d’Ann, de Wade et de Jenny, dans cet « après » si difficile.

 

4ème de couverture :

Idaho, 1995. Par une chaude journée d’août, une famille se rend dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. Tandis que Wade, le père, se charge d’empiler les bûches, Jenny, la mère, élague les branches qui dépassent. Leurs deux filles, June et May, âgées de neuf et six ans, se chamaillent et chantonnent pour passer le temps. C’est alors que se produit un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann au milieu des paysages sauvages et âpres de l’Idaho. Mais alors que la mémoire de son mari s’estompe, Ann devient obsédée par le passé de Wade. Déterminée à comprendre cette famille qu’elle n’a jamais connue, elle s’efforce de reconstituer ce qui est arrivé à la première épouse de Wade et à leurs filles.

 

L’auteur :

Emily Ruskovich a grandi dans les montagnes du nord de l’Idaho dans les montagnes Hoodoo. Sa fiction est apparue dans Zoetrope, One Story et The Virginia Quarterly Review. Elle est la lauréate du prix O. Henry de 2015 et est diplômée de l'Iowa Writer's Workshop. Elle enseigne maintenant l'écriture créative à l'Université du Colorado à Denver. Idaho est son premier roman.

 

Traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril

Editeur : Gallmeister

Collection : AMERICANA

ISBN 978-2-35178-129-6

Parution le 03/05/2018

23,50 euros

 

 

https://www.gallmeister.fr/livres/fiche/270/ruskovich-emily-idaho

 

Pour le trouver dans la librairie la plus proche de chez vous, c’est ici : https://www.librairiesindependantes.com/product/9782351781296/

 

 

 

Posté par LauLo-EvadezMoi à 16:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,