EVADEZ-MOI

19 novembre 2018

55 de fièvre de Tito Topin

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On a tous une raison différente d’aimer un roman.

Ça peut être la plume de l’auteur, l’histoire qui est racontée, les personnages qui y prennent vie.

Parfois, c’est d’abord une histoire de lieu, quelque chose qui renvoie des images tapies en vous.

Quand j’ai lu la 4ème de couverture de ce roman j’ai été irrésistiblement attirée, pour des raisons très personnelles.

Nous sommes à Casablanca, au Maroc, en 1955. La France a depuis plusieurs années « colonisé » le pays. Les Français dirigent la plupart des grandes entreprises du pays, vivent dans les plus luxueuses villas dans des quartiers en périphérie de la ville comme Anfa.

Je suis née là-bas, des années après la période pendant laquelle se situe ce roman.

L’auteur a fait remonter en moi des images, des couleurs, des parfums mais aussi des mots que je n’avais plus entendus depuis de nombreuses années.

L’ambiance et les comportements relatés dans ce roman sont une photo d’une parfaite netteté de ce qu’étaient les relations entre Français et Marocains avant l’indépendance (dans les années 70).

Certains pourront être choqués par certains dialogues mais qu’il faut laisser dans leur contexte et leur époque. Malheureusement, les insultes, les humiliations, tout cela a vraiment existé.

Leur regard était confiant. Ils ne comprenaient pas le français, ignoraient la signification de mots comme bicots, ratons ou assassins. En revanche ils savaient qu’ils n’avaient rien à craindre de mots comme Ils vien-nent jus-que dans nos bras E-gor-ger nos fils nos com-pa-gnes Aux arrrr-mes ci-toy-ens ! Ils connaissaient bien ces mots-là. Ils les aimaient.

Alors, quand l’auteur nous présente l’histoire de Georges, un Français parmi les riches de la ville, qui viole Gin, la fiancée de Manu, il n’est pas surprenant que la police française se laisse manipuler par les « puissants » et fasse porter le chapeau aux arabes, au risque de provoquer des bains de sang.

J’aurais pu n’être happée que par ce décor que je connais si bien. Ce n’est pas le cas. Le scénario m’a aussi conquise, tout comme le style qui arrive à recréer toute une époque dans un lieu décrit avec beauté.

Les personnages sont pour certains parfaitement détestables, à l’image de Georges. D’autres sont touchants, d’autres encore ont ce reste de conscience qui en fait des hommes biens et parmi ceux-là Manu et le policier Gonzalès qui refuse de voir des innocents accusés à la place d’un fils à maman riche et dangereux.

 

4ème de couverture :

Casablanca, 1955. Après une fête, Georges raccompagne une jeune femme. Il aimerait que les choses n’en restent pas là et, quand la fille refuse ses avances, tout bascule. Mais, en cette année où le Maroc connaît les dernières heures du protectorat français, une Blanche victime d’un Blanc, cela ne sert les intérêts de personne. Et si l’on cachait la responsabilité de Georges ? Si à sa place, on accusait ce groupe d’Arabes qui vit près des lieux du crime ? Il n’en faut pas plus à Casablanca pour s’embraser, tandis que Georges prend goût aux crimes impunis et que d’autres cherchent à tout prix à faire régner un semblant d’ordre. Dans un Maroc chauffé à blanc et pétri de racisme ordinaire, 55 de fièvre est un polar addictif où la traque d’un homme sombrant dans la folie se mêle aux ambitions politiques de ceux qui préfèrent le pouvoir à la justice.

Ce roman, depuis longtemps indisponible en France, avait connu un grand succès lors de la première publication à la Série noire et avait remporté le prix Mystère de la critique.

C'est dans ce livre qu'apparaît pour la première fois le commissaire Gonzales qui servit de modèle à Tito Topin pour créer le personnage de Navarro.

 

 

L’auteur :

Graphiste, illustrateur, il a réalisé des campagnes publicitaires, des affiches de films, des génériques de films et deux bd avec Jean Yanne (La langouste ne passera pas, Voyage au centre de la C...). Réalisateur, il a fait trois courts métrages (Tes yeux de braise me font merguez, Que tes larmes ruissellent sur la vaisselle, Le Bon, la Belle et le Fainéant). Scénariste, il a écrit pour le cinéma et surtout pour la télévision. Il est notamment le créateur de la série Navarro, cent-huit films auxquels il convient d'ajouter une cinquantaine d'autres. Écrivain, il a publié chez Grasset, Gallimard, Fayard, La Branche, Syros, Rivages noir, Denoël, Naïve, Genèse, La Manufacture des Livres, et récolté plusieurs prix : le prix Mystère de la Critique pour "55 de fièvre", le Grand Prix de la Littérature Policière pour "Un gros besoin d'amour", le Prix Polar de Cognac pour "Bentch & Cie", la Plume de Cristal à Liège pour "Des rats et des hommes". Ses derniers romans : Les enfants perdus de Casablanca (Ed. Denoël). Tout le monde il est beau, tout le monde il est Jean Yanne (Naïve), Métamorphose des cendres (Rivages noir), De Gaulle n'est pas un auteur de polar (Genèse), L'exil des mécréants (La manufacture de livres). 

 

 

55 de fièvre

Une Européenne est agressée. Des Arabes sont accusés pour masquer la culpabilité d'un garçon bien né. Il n'en faut pas plus, en cette année 1955, pour qu

https://www.lamanufacturedelivres.com



 

 

Editeur : La Manufacture de Livres (octobre 2018)

ISBN : 978-2358872690

 

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16 novembre 2018

Un petit chef-d'oeuvre de littérature de Luc Chomarat

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Voici un roman impossible à résumer.

Ce que je peux vous dire c’est que ce roman parle d’un roman, petit chef-d’œuvre de littérature, durant toute sa vie de petit livre.

J’ai souri, j’ai beaucoup ri, j’ai passé un moment tout simplement jubilatoire avec ce livre.

Comme je ne sais comment vous convaincre de le lire, je vous mets quelques extraits. Des phrases, des stéréotypes, des choses que j’ai entendus dans les salons, lus sur des groupes de lecture ou entendu, et parfois dits peut-être, dans des cercles de lecteurs.

Tout ressemblance avec des faits ou des personnages ayant existé n’est pas vraiment fortuite.

***

Le libraire était un peu las de ces questions cons. Un peu dépressif aussi, avec tous ces gens qui ne lisaient plus, ou qui lisaient des trucs cons, ou qui lisaient sur des écrans tactiles, sans compter ceux qui lisaient des trucs cons sur des écrans tactiles.

***

-Excusez-moi, intervint Zorg, mais en quoi la science-fiction n’est-elle pas de la littérature ?

-Un type louche avec un imper mastic m’a posé la même question avant-hier, concernant le polar.

***

-En tout cas, dit le libraire, c’est comme ça : littérature, développement personnel, policier, fantasy/SF. C’est pas demain que ça va changer. Il faut bien que les gens s’y retrouvent, et d’ailleurs moi aussi.

-Dans ce cas on pourrait peut-être envisager un rayon Grosses Merdes ? Et un rayon pour les bons livres ? Ce serait plus clair.

***

 

Dans ce livre, personne n’est épargné : libraires, éditeurs, distributeurs, critiques littéraires et blogueurs.

En fait, je ne sais pas si j’ai lu un petit chef-d’œuvre de littérature. Ce dont je suis persuadée par contre, c’est que j’ai lu un petit chef-d’œuvre d’humour et d’intelligence.

 

 

4ème de couverture :

Un roman drôle et mélancolique, prétexte à un portrait amoureux du monde du livre.

Il est impossible de résumer un Chomarat, et celui-ci en particulier.
Disons simplement que ce roman narre les aventures d’un livre qui, dès sa naissance, est promis à un destin a priori enviable : celui d’être un petit chef-d’œuvre de littérature.

Mais est-ce suffisant pour exister en 2018 ? Entre crises existentielles et errances, cet ouvrage va tenter de trouver sa place dans un monde en perte de sens.

 

L’auteur :

Luc Chomarat est né à Tizi-Ouzou (Algérie) en 1959. C’est donc un jeune auteur d’un certain âge.

Quand il n’écrit pas pour les gens qui lisent des livres, il travaille dans la communication.

La Folle du roi, Fleuve noir, coll. « Engrenage » no 55 (1982) 

L'Espion qui venait du livre, Payot & Rivages, coll. « Rivages/Noir » no 944 (2014) 

Un trou dans la toile, Payot & Rivages, coll. « Rivages/Noir » no 1011 (2016) 

Le Polar de d'été, La Manufacture de livres (2017) 

Les dix meilleurs films de tous les temps, Marest Editeur (2017) 

 

 

Un petit chef-d'œuvre de littérature | MAREST Éditeur

Un roman drôle et mélancolique, prétexte à un portrait amoureux du monde du livre. Il (...)

http://www.marestediteur.com



 

Editeur : Marest éditions (7 novembre 2018)

Collection : DOMAINE FRANCAIS

ISBN: 979-1096535132

 

 

 

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15 novembre 2018

Tout corps plongé de Lionel Fintoni

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Paru au mois d’Août, j’ai bien failli passer à côté de ce polar publié par les Editions de l’Aube.

Nous avons ici deux enquêtes parallèles.

La première concerne des hackers et leur employeur, le MDC, une boîte de consultants dont on ne connait pas exactement le périmètre de compétences. Un des employés de cette firme se fait dérober son ordinateur portable et une clé USB contenant un dossier qui s’avère tellement important que des personnes y laisseront leur peau. Le contenu de ce dossier ?

La seconde concerne un tueur en série qui met en scène ses victimes toujours en milieu aquatique et en s’inspirant de la littérature ou d’un quelconque autre art faisant référence à de l’eau. Pourquoi ? Comment ?

Le commandant Dormeuil et son équipe vont mener ces deux enquêtes.

J’ai abordé la trame, parlons de la forme.

L’écriture n’est pas forcément ce qu’on va retenir de ce roman. Par contre, les personnages sont sympathiques en ce qui concerne l’équipe d’enquêteurs. Les « méchants » ont vraiment l’air méchant. Le scénario se tient et reste rythmé du début à la fin. Même si l’une des intrigues prend le pas sur l’autre, on se laisse porter par cette histoire. C’est un polar que je qualifierais de classique.

Il aurait pu être un peu plus travaillé au niveau des décors et de la psychologie des personnages. Il reste un peu trop de zones d’ombre quant aux activités du MDC, des pourquoi et comment de ce fameux fichier ultra confidentiel, sans parler du personnage du tueur en série qui est beaucoup trop survolé.

Ce scénario manque donc de profondeur et c’est dommage. Les deux intrigues sont intéressantes et auraient totalement pu être traitées séparément, dans deux romans distincts. Les assembler sans créer de liens solides entre les deux peut frustrer le lecteur.

Pour résumer, c’est un bon polar qui divertit et qui m’a fait passer un moment de lecture loin d’être désagréable même si j’aurais aimé un peu plus d’épaisseur et de profondeur.

 

4ème de couverture :

Alain Dormeuil, acteur indirect d'un combat impitoyable entre des hackers, est à la recherche d'un tueur en série obsédé par des mises en scènes aquatiques et d'un dossier informatique ultraconfidentiel dérobé par une demi-mondaine. Revenu dans le bercail contraignant de la police judiciaire, entouré d'une équipe qu'il n'a que partiellement choisie, le commandant va très vite comprendre que le principe d'Archimède se prête à plusieurs formes de déclinaisons, y compris les plus inattendues et les plus inquiétantes...
Ce polar mené sur un rythme d'enfer ne nous laisse aucun répit, pour notre plus grand plaisir.

 

L’auteur :

Lionel Fintoni a vécu plusieurs années en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe. Il a déjà publié, chez le même éditeur, Il ne faut jamais faire le mal à demi.

 

Tout corps plongé

" Le cadavre flottait, quasi immobile, les bras écartés, gonflé au milieu d'herbes et d'algues, dans une lumière ornée de reflets sales. La fascination s'était imprimée dans son cerveau et ne l'avait jamais quitté. " Alain Dormeuil, acteur indirect d'un combat impitoyable ... Lire la suite

http://editionsdelaube.fr



 

  • Editeur : Editions de l’Aube (23 août 2018)
  • Collection : L'Aube noire
  • ISBN: 978-2815929424

 

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