EVADEZ-MOI

17 août 2017

Une Histoire des Loups de Emily Fridlund

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Madeline est une ado qui vient dans le fin fond du Minnesota.

Quand elle n’est pas au lycée, elle tourne en rond dans la cabane de ses parents, n’ayant rien d’autre à faire que de faire une balade en canoë sur le lac ou promener les chiens dans les bois.

Jusqu’au jour où une famille emménage dans maison de l’autre côté du lac. Madeline les observe. Le père est absent, la mère seule avec un petit enfant. Peu à peu, Madeline va se rapprocher et entre dans la vie de Paul, 4 ans, et de sa mère Patra. Elle va s’occuper de Paul, lui apprendre tout ce qu’elle sait sur les bois qui les entourent. Mais Madeline, petit à petit, sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec Paul. Et le retour du père, Léo, ne va rien arranger.

 

Mon avis :

Ce roman est bien loin de mes lectures habituelles.

Si une tension certaine règne tout au long du récit, il ne s’agit pas ici d’un thriller ou d’un polar. Mais on peut le classer roman noir parce qu’il est dur et tragique.

Je découvre un nouveau style, le « nature writing » : il s’agit d’un genre littéraire dédié aux grands espaces, aux animaux, à la nature en général.

Si vous voulez en savoir plus, lisez l’excellent article que vous trouverez ici : http://www.bm-aubenas.fr/blog/livres-et-presse/nature-writing-ou-litterature-grands-espaces

Dans ce roman, la nature, le décor, le Minnesota, ses lacs et ses forêts, sont presque les personnages principaux. Le décor donne une envergure exceptionnelle à ce roman.

Mais il n’y a pas que ça, évidemment.

Ce roman aborde également plusieurs thèmes.

La période de la fin du courant hippie, de ces communautés qui voulaient revenir à la nature, rejeter toute avancée technologique, toute mouvance politique, est abordée au travers de Madeline et de ses parents, derniers membres d’une communauté qui s’est éparpillée.

Madeline vit dans très à l’écart d’une petit ville du Nord des Etats-Unis. Sa maison se réduit à une cabane avec pour toute électricité un générateur, pour tout chauffage un poêle dans la pièce principale. Sa mère récupère de vieux vêtements et les recoud pour en faire de nouveaux.

Au lycée, elle n’a pas d’amie. Alors elle invente des histoires sur ses camarades de classe, sur ses professeurs. Elle est si seule qu’elle va vivre par procuration dans la famille de Paul, s’imposant et essayant de prendre une place qui ne lui revient pas.

J’ai aimé Madeline, cette adolescente maladroite, sensible, sauvage et perdue dans ce monde dont elle se sent prisonnière.

Le thème principal et que l’on découvre au fur et à mesure de ce roman, c’est aussi celui des sectes et de leur dangerosité. Le refus par certaines de soins vitaux en cas de maladie par exemple. La force de l’endoctrinement par des « gurus » qui n’ont rien de religieux.

Ce roman a fait remonter énormément de choses en moi et m’a touchée au plus profond.

Pourquoi ? Parce que j’ai connu ce qui va arriver à Paul. Parce que j’ai également eu un couple d’amis proches, morts à cause d’une secte qui continue à exister aux yeux de tous et à envoyer ses démarcheurs à domicile.

Je vous parlerai aussi de l’écriture d’Emily Fridlund. Elle est magnifique, poétique. Elle vous donne l’impression de plonger dans un de ces lacs et de glisser dans cette eau fraiche. Vous vous fondez vous aussi au décor. Vous ressentez cette nature, le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux, la morsure du froid et la caresse du soleil.

Ça éveille en nous un sentiment de liberté, de solitude, mais aussi la peur, la peine et la colère.

Un roman initiatique pour Madeline, mais pour tous les lecteurs également. Une magnifique découverte qui restera gravée dans ma mémoire de lectrice.

 

Extrait :

Pendant le procès, ils demanderaient sans cesse, « Quand avez-vous compris que quelque chose ne tournait pas rond ? » Et la réponse était probablement : tout de suite. Mais l’impression se dissipa au fur et à mesure que j’appris à connaître Paul. Sa manière essoufflée de parler, le fait qu’il lui fallait s’assoir quand il s’excitait trop – petit à petit, j’associai simplement ces caractéristiques à sa manière d’être. Paul se montrait tantôt capricieux et fragile, tantôt maniaque et déchaîné. Je m’habituais à ses humeurs. On le prenait souvent pour un enfant plus âgé, mais il n’avait que quatre ans le printemps où je l’ai rencontré. Les paupières tombantes, de grosses mains rouges. Avec des projets d’un enfant de quatre ans, bientôt cinq : aller sur Mars, avoir des baskets à lacets. Il construisait une ville d’herbe et de cailloux sur la terrasse.

 

4ème de couverture :

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu'il soit trop tard.

 

Troublant et poétique, best-seller dès sa parution aux États-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.

 

 

L’auteur :

Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota, où se déroule l’action de ce roman, et vit actuellement dans la région des Finger Lakes dans l’état de New-York. Titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, professeur à Cornell, elle a remporté plusieurs prix littéraires pour ses écrits et a été publiée dans divers revues et journaux. Une Histoire des Loups est son premier roman.

 

Editions GALLMEISTER

Collection : NATURE WRITING

ISBN 97-2-35178-128-9

Parution le 17/08/2017

304 pages

22,40 euros

 

 

 

 

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09 août 2017

Ne dis rien à papa de François-Xavier Dillard

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Voici un roman dur à résumer, en tout cas dans son entrée en matière, car ça part un peu dans tous les sens.

La mise en bouche : une victime est enterrée vivante après avoir été blessée. Elle arrive à se sortir de la tombe qu’on lui avait creusée dans un jardin et va passer plusieurs jours dans une maison vide avant d’être secourue par la police.

Ailleurs, Fanny, auteure de livres sur les plantes et mariée à un peintre, est la mère de deux jumeaux. S’installe un jour à côté de chez eux Glenn, un pianiste renommé.

En France, des médecins sont torturés et assassinés les uns après les autres. La police va alors mener l’enquête et tenter de trouver le lien entre ces médecins. Cela les conduira à relier ces meurtres à un massacre, plus ancien, perpétré par une mère de famille.

 

Mon avis :

Plusieurs angles pour des histoires qui finiront par être liées, plusieurs époques et autant de lieux pour tenter de « perdre » le lecteur, voici encore un thriller sous forme de puzzle, style très prisé par les auteurs de thrillers ces derniers temps.

Une histoire pimentée de scènes violentes : mutilations, cruauté sur animaux, des enfants abattus ou pas franchement équilibrés, de quoi faire frissonner tout amateur de thriller.

Oui mais… pas moi.

Bien que l’écriture soit agréable et rythmée, les chapitres courts rendant cette lecture assez rapide, je n’ai pas été séduite.

Pour moi, il y a trop d’incohérences, ne serait-ce que par la scène d’introduction. Je n’entre pas dans les détails pour ne pas spoiler, mais c’est juste plus qu’improbable. Alors peut-être que ce n’est pas forcément ce que l’on recherche et qu’il faut juste se laisser porter par l’histoire.

Certaines scènes comme celles touchant des animaux sont, à mon avis, complètement inutiles, si ce n’est pour apporter un peu de « glauque » à ce roman. Certains lecteurs plus sensibles que d’autres peuvent mal le supporter, bien que ces scènes ne soient pas en elles-mêmes trop violentes.

Les personnages auraient mérité d’être un peu plus « fouillés » au niveau psychologique pour pouvoir mieux comprendre certaines articulations du récit. Les décors manquent de détails pour pouvoir bien se représenter l’action.

L’histoire en elle-même n’est pas non plus originale et j’avoue ne jamais avoir été surprise. On a là une histoire de mère commettant un infanticide et ayant reconstruit sa vie ailleurs en faisant table rase du passé.

Le personnage de Fanny, central dans ce roman, est particulièrement survolé. L’aspect psychologique de ses sentiments, de ses actes, est à peine abordé ce qui la rend indifférente à nos yeux. On ne peut ressentir ni empathie, ni animosité à son égard.

Les deux personnages les plus intéressants seraient Victor et Arno, les jumeaux de Fanny. Mi-ange, mi-démon, l’un renfermé et sensible, l’autre exubérant et pervers.

Pour résumer, c’est un roman qui se lit facilement mais où il ne faudra chercher ni message, ni cohérence.

 

Extrait :

La chambre est encore sombre, leur père n’est toujours pas venu les réveiller, ce dimanche matin, et la maison est silencieuse. Victor est sorti de son lit, il est monté dans l’atelier puis est resté pendant presque vingt minutes devant la grande toile que Mickael est en train de peindre pour le ministère de la culture. Il ne trouve pas ça très beau, il trouve qu’il y a trop de couleur, trop de bonheur dans ce tableau. Il n’aime pas ces représentations heureuses, ces explosiions de peinture, comme des cris de joie. Ce n’est pas la vie, ce n’est pas vrai. Sa mère lui a déjà dit, elle le lui a toujours répété, depuis qu’il est tout petit :

-          Tu sais, mon chéri, il faut toujours se préparer au pire, à vivre des choses difficiles. Tu es encore un enfant mais tu dois savoir. Tu dois être fort, pour ton frère, pour ton père, pour moi. Peut-être qu’un jour nous serons séparés. Souviens-toi ce jour-là que ta maman t’aime et t’aimera toujours.

 

4ème de couverture :

L'instinct maternel est l'arme la plus puissante au monde. Surtout quand on la retourne contre ses propres enfants. 

Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visons imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante. 

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l'un, une propension à la mélancolie et, chez l'autre un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu'elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d'images qu'elle voudrait tant oublier... À n'importe quel prix... 

Et lorsqu'un nouveau voisin s'installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d'une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister. 

 

 

L’auteur :

 

François-Xavier Dillard est né à Paris en 1971. Après Austerlitz 10.5 (Belfond, 2016), Ne dis rien à papa est son quatrième roman. 

 

 

  • Broché: 320 pages
  • Editeur : Belfond (15 juin 2017)
  • Prix : 18.50 euros
  • ISBN: 9782714476234

 

 

 

 

 

 

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06 août 2017

Mör de Johana Gustawsson

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Angleterre, fin du 19ème siècle.

Des prostituées sont assassinées dans le quartier londonien de Whitechapel, dépecées, éventrées…Freda est une modeste femme de chambre qui n’a qu’une amie, Liz, prostituée, qui sera une des victimes de celui que le monde entier appelle Jack l’Eventreur.

De nos jours, plusieurs années après les meurtres perpétrés par Richard Hemfield, un copy cat semble perpétrer les mêmes horreurs. Des femmes sont retrouvées mutilées et étranglées. En Angleterre mais quasi simultanément en Suède également.

Julianne Bell, actrice renommée, a été enlevée. Emily, profileuse, et Alexis, auteur, vont s’allier à nouveau pour démasquer le tueur en série dans une course contre la montre.

 

Mon avis :

Il y a un peu plus d’un an, en Mai 2016, je découvrais Block 46 de Johana Gustawsson.

J’avais adoré ce 1er roman qui a connu un grand succès, amplement mérité.

Quand Mör est paru, je me suis dit que ça allait être dur de faire aussi prenant, aussi passionnant.

Eh bien pari relevé haut la main.

Quel régal de retrouver cette plume finement musclée, très rythmée avec des personnages autant travaillés.

On retrouve, ou on en fait connaissance, avec plaisir, Emily. Je dois l’avouer, elle reste mon personnage préféré. Une femme à vif, qui a énormément souffert. Mais ça l’a rendue incroyablement forte. Elle est intelligente, directe, elle ne lâche rien.

Alexis est plus fragile, meurtrie elle aussi. Mais elle a cette peur et se chagrin qui la consument.

On fait la connaissance d’un autre personnage féminin : Aliénor. Vous allez l’aimer ou la détester. Très intelligente, elle a cependant une haute estime d’elle-même et un sérieux sens de la répartie.

Encore une fois, l’auteure conjugue passé et présent avec brio, faisant évoluer les intrigues en parallèle et les faisant se rejoindre d’une manière à laquelle on pourrait s’attendre, mais en arrivant à nous bluffer, encore une fois.

Son talent d’écriture, sa connaissance approfondie des pays où se déroulent les actions, ainsi que leurs us et coutumes respectifs, font que Johana Gustawsson signe encore un thriller de très haut niveau. Elle mêle dans un seul et même récit l’histoire de Jack l’éventreur, le thème des tueurs en série, le cannibalisme, la précarité, la pauvreté, l’enfance maltraitée, la vengeance, mais aussi la ténacité, le courage.

Moi je dis : chapeau Madame, je suis définitivement conquise.

 

Extrait :

Le regard d’Emily passait d’une photo à l’autre. D’un cadavre à l’autre. Elle venait de déplacer sur le mur les clichés du panneau aimanté : un plus grand canevas pour que les victimes aient la place de raconter leur histoire, et pour qu’elle puisse suivre leur récit sans mélanger les étapes.

Debout face à ce patchwork de vies et de morts épinglées, la profileuse revisitait les sept scènes de crimes, cherchant les similitudes, essayant de comprendre la logique et l’harmonie du tableau laissé par « le » ou « les » tueur(s) en série ; car pour l’instant, elle n’était sûre de rien. Elle se trouvait face à une affaire classée depuis près de dix ans, à laquelle venaient apparemment de s’ajouter un kidnapping et un meurtre commis dans deux pays différents. Il fallait donc tout reprendre ; et au microscope.

 

4ème de couverture :

Mör : adj. fém. En suédois, signifie « tendre ». S'emploie pour parler de la viande. 

Falkenberg, 16 juillet 2015. Sur les rives d’un lac, on retrouve le cadavre affreusement dépecé d’une femme. Ses seins, ses fesses, ses cuisses et ses hanches ont été amputés de plusieurs kilos de chair.

Londres, le lendemain matin. La profileuse Emily Roy est appelée sur les lieux d’une disparition inquiétante : l’actrice Julianne Bell a été enlevée à l’aube, et ses chaussures ont été retrouvées à proximité de chez elle, emballées dans un sac de congélation.

Ces deux crimes portent la signature de Richard Hemfield, le « tueur de Tower Hamlets », enfermé à perpétuité à l’hôpital psychiatrique de haute sécurité de Broadmoor. Dix ans plus tôt, il a été reconnu coupable du meurtre de six femmes et de celui de l’ancien compagnon de l’écrivaine Alexis Castells. Comment alors expliquer que ses crimes recommencent ?

Date de parution : 15/03/2017

ISBN : 9791028102371

 Prix : 21.50 €

 Nombre de pages : 312

Editeur : Bragelonne

 

L’auteur :

Née en 1978 à Marseille et diplômée de Sciences Politiques, Johana Gustawsson a été journaliste pour la télévision et la presse françaises. Elle vit aujourd’hui à Londres, en Angleterre. Mör est son deuxième roman.

Posté par LauLo-EvadezMoi à 13:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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