EVADEZ-MOI

24 septembre 2020

Les autres américains de Laila Lalami

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Traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet.

 

Américains. Quand on prononce ce mot, on pense aux « cowboys », blancs, qui ne sont américains que depuis moins de 400 ans. On pense aux peuples amérindiens. On pense aussi aux noirs. On oublie un peu les hispaniques et ceux qui survivent « sans papiers ». Laila Lalami nous parle un peu d’eux mais surtout des Autres américains, ceux qui viennent de pays arabes, musulmans ou pas d’ailleurs.

Si on pouvait imaginer, sans avoir jamais réfléchi à la question le plus souvent, la façon dont ont été perçus ces « nouveaux » américains après le 11 septembre, l’auteur le montre ici avec sensibilité mais avec colère aussi. Si en France, on rappelle sans cesse « pas d’amalgame » et sans être vraiment entendu, qu’en est-il d’un pays, il faut le dire, encore très ségrégationniste ?

Laila Lalami nous raconte l’histoire de Nora et de ceux qui gravitent autour d’elle. Son père, Driss, est fauché par une voiture, un soir, alors qu’il vient de fermer son restaurant. Le chauffard a pris la fuite et Nora compte bien savoir qui il est et qu’il soit accusé de meurtre.

En faisant parler tour à tour les protagonistes de cette histoire, l’auteure aborde le sujet de l’immigration, ses causes mais aussi ses conséquences. Elle montre le « racisme ordinaire » fait de sobriquets haineux, de regards blessants, de persécution et de rejets.

Nora est compositrice mais peine à trouver de bons contrats, n’a pas de réelle vie amoureuse et ne s’entend pas avec sa sœur. Dans sa quête de vérité, elle découvrira aussi les secrets de ses parents.

Jeremy est policier et ami d’enfance de Nora. Ancien soldat, lui et son ami Fierro ont du mal à revenir à la vie « normale » après avoir vécu la guerre et l’horreur en Irak.

Efraín est un latino pas vraiment en règle, témoin de l’accident. Par peur des services de l’immigration américains, il ne veut pas témoigner. En lui vont s’affronter la peur et les remords qui vont le hanter.

Maryam est la veuve de Driss, celle qui a tant voulu quitter le Maroc pour l’Amérique avant de découvrir que son rêve était bien loin de la réalité.

Driss nous parle aussi, comme s’il était toujours là. Il nous explique comme quitter son pays est difficile, comment admettre qu’on s’est trompé.

Ce roman m’a « parlé », peut-être plus qu’à d’autres, pour avoir connu certaines situations similaires.

Laila Lalami a une écriture tout en finesse et sensibilité, à fleur de peau, avec de la colère sous la carapace.

 

4ème de couverture :

Un soir de printemps, Driss Guerraoui quitte le diner dont il est propriétaire. Au moment de traverser une intersection sombre de sa ville en Californie, dans le désert du Mojave, il est tué par un chauffard. Seul un homme est témoin de cette scène : Efraín Aceves, un père de famille d’origine mexicaine. Son statut de sanspapiers et la peur de l’extradition l’empêchent de témoigner. La mort de Driss est-elle un accident ? Ou bien découle-t-elle d’autre chose ? Un crime haineux, raciste ?

Au fil du roman, plusieurs habitants de cette ville de Californie prennent alternativement la parole à l’instar d’un chœur de tragédie, leurs histoires se chevauchent, faisant de ce roman l’un des textes les plus saisissants sur l’immigration contemporaine. Dans une société qui se divise toujours plus, Laila Lalami nous rappelle que nous sommes tous l’étranger de quelqu’un.

 

L’auteure :

Laila Lalami est née en 1968 à Rabat et a étudié au Maroc, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Elle est professeure de création littéraire à l’Université de Californie à Riverside. Son roman Les Autres Américains a été finaliste du prestigieux National Book Award.

 

 

Les Autres américains - Christian Bourgois éditeur

Les Autres Américains Laila Lalami Un soir de printemps, Driss Guerraoui quitte le diner dont il est propriétaire. Au moment de traverser une intersection sombre de sa ville en Californie, dans le désert du Mojave, il est tué par un chauffard. Seul un homme est témoin de cette scène : Efraín Aceves, un père de famille d'origine mexicaine.

https://bourgoisediteur.fr



Editeur : Christian Bourgois (septembre 2020)

Collection : Littérature étrangère

ISBN : 9782267032635

 

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22 septembre 2020

Ce lien entre nous de David Joy

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Traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau.

 

Il y a deux ans, je vous parlais de Le poids du monde où on faisait la connaissance de Thad et Aiden, deux amis pour qui les choses ne tournaient pas vraiment bien. David Joy nous parlait déjà d’amitié.

Il récidive dans Ce lien entre nous avec Calvin et Darl.

 

Il y avait eu tant de nuits passées autour de feux de joie dans des champs vides, des canettes de bière jonchant le sol à leurs pieds, Calvin et Darl les seuls à ne pas être couchés. Durant des conversations alcoolisées, ils s’étaient juré une entraide inconditionnelle. L’un pouvait avoir une embrouille avec quelqu’un, et l’autre disait « Je vais le tuer », et ils commençaient tous deux à s’exciter puis finissaient par éclater de rire. Le truc, c’est qu’ils ne se contentaient pas de le dire. Ils étaient sérieux. Ils s’aimaient suffisamment pour croire à chaque mot. Mais au fond, personne ne pense jamais que les choses vont en arriver là. On le dit comme on dirait « Je t’aime ». On ne pense pas réellement qu’on va devoir sacrifier sa vie.

 

Et pourtant, quand Darl tue par accident le frère du redouté Dwayne Brewer, un stupide accident de chasse, Calvin n’hésite pas à l’aider à faire disparaître le corps. Mauvais choix, mauvaise décision, les conséquences seront mortelles, violentes et sans retour possible en arrière.

 

Quelque chose en lui ne cessait de lui dire Confesse-toi, et plus il y pensait, plus il se disait qu’aller voir le shérif serait le seul moyen d’apaiser sa conscience. C’était facile de savoir ce qui était bien ou mal. Le plus difficile, c’était de renoncer à sa vie, d’avoir le courage de regarder autour de soi et de dire : Oui, je vais tout abandonner pour arranger les choses. Allongé dans son lit ce lundi matin, accablé par les conséquences de son acte, il avait décidé d’attendre une semaine. C’était peut-être égoïste, mais s’il devait aller jusqu’au bout, il avait besoin de savoir ce qu’il mettait en jeu.

 

On pourrait penser que le thème du roman est « les conséquences de nos actes ». Oui, mais pas seulement. Ce roman nous parle également de douleur face à la perte d’un proche, le désespoir de se retrouver comme seul au monde, de la soif de vengeance qui ronge, de justice des hommes. L’affrontement entre Calvin et Dwayne est non seulement violent physiquement mais il est également intérieur et les deux hommes luttent autant l’un contre l’autre mais chacun contre ses propres remords, contre la vie qu’ils ont eue et n’ont pas forcément choisie.

David Joy, c’est toujours cette superbe écriture, c’est la nature, la forêt, les animaux et son amour pour cette Nature transpire dans chaque chapitre de ce roman qui reste violent, rude. Comme dans son précédent roman, l’auteur nous dépeint la vie dans la forêt et les montagnes, loin des mégalopoles, une vie où il faut chasser pour avoir assez de viande pour l’hiver quitte à braconner hors des périodes légales, à aller piller le champ du voisin. On survit plus que l’on ne vit dans les romans de David Joy et c’est superbe.

 

4ème de couverture :

Caroline du Nord. Darl Moody vit dans un mobile home sur l’ancienne propriété de sa famille. Un soir, alors qu’il braconne, il tue un homme par accident. Le frère du défunt, connu pour sa violence et sa cruauté, a vite fait de remonter la piste jusqu’à lui. Un face à face impitoyable s'engage alors.

 

L’auteur :

David Joy est né en 1983 à Charlotte, en Caroline du Nord. Titulaire d’une licence d’anglais obtenue avec mention à la Western Carolina University, il y poursuit naturellement ses études avec un master spécialisé dans les métiers de l’écrit. Il a pour professeur Ron Rash, qui l’accompagnera et l’encouragera dans son parcours d’écrivain. Après quelques années d’enseignement, David Joy reçoit une bourse d’artiste du Conseil des arts de la Caroline du Nord. Son premier roman, Là où les lumières se perdent, remporte un franc succès et est finaliste du prix Edgar du meilleur premier roman en 2016.

David Joy vit aujourd’hui à Webster, en Caroline du Nord, au beau milieu des Blue Ridge Mountains, et partage son temps entre l’écriture, la chasse, la pêche et les travaux manuels.

 

Ce lien entre nous | Lisez!

À propos du Poids du monde : " David Joy raconte cette impossibilité de s'échapper, et, en contrepoint, la folle envie d'y parvenir, avec une plume élégante qui sait s'attarder sur deux paumés en quête d'un coin de soleil dans les brumes persistantes des Appalaches. "

https://www.lisez.com



Editeur : Sonatines (septembre 2020)

ISBN : 9782355847295

 

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