EVADEZ-MOI

01 août 2018

Le Silence d'Après de Cath Staincliffe

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Nouvelle incursion dans la littérature dite « blanche » avec ce roman paru chez Stéphane Marsan Editeur et traduit par Nathalie Guillaume.

Ici l’auteure nous fait, dans un premier temps, découvrir des tranches de vie de plusieurs passagers d’un train se rendant à Londres. On apprend donc pourquoi ils ont pris ce train et on fait leur connaissance. Des bribes de leurs vies sont dévoilées afin que l’on sache d’où ils viennent, quelles sont leurs préoccupations actuelles et quels sont leurs projets et notamment celui de Saheel, un fanatique musulman, qui a pour dessein de faire sauter le train en gare de Londres. Puis viendront l’horreur et l’après.

Cath Staincliffe nous plonge au cœur de cette horreur, nous la faisant vivre de l’intérieur, nous étouffant dans cet incompréhensible et inacceptable évènement. Pour rajouter à cette impression d’étouffement, elle situe le drame dans un train, coincé dans un tunnel. D’une plume plutôt posée et laconique en première partie, l’écriture explose dans la seconde dans des descriptions violentes mais nécessaires.  Ça n’en est pas pour autant un énième roman sur le thème des attentats où une débauche de scènes d’horreur viendrait alimenter un récit vide par ailleurs. Non, ici la mise en place des personnages est beaucoup plus importante. L’auteur tente de décortiquer les pensées du terroriste et nous présente aussi sa famille, nous montrant qu’un tel individu agit seul et que sa famille ne peut pas forcément être tenue responsable de ses actes à lui.

A nous qui vivons dans un climat de crainte d’un nouvel attentat, il est parfois difficile d’admettre certaines vérités et le désir de reporter sa rancœur sur la famille d’un terroriste est humain. On a tous également la sensation que les Etats ne font rien pour contrer ce terrorisme et ici aussi, il n’est pas question d’action de l’Etat, sous aucune forme qu’il pourrait revêtir. Les personnages vont vivre, subir, survivre pour certains et après ?

Ce roman est réellement une très bonne surprise pour moi et la découverte d’une auteure à l’écriture précise et efficace.

 

4ème de couverture

Les passagers qui embarquent dans le train de 10 h 35 reliant Manchester à Londres ont tous une bonne raison d’espérer des lendemains meilleurs. Jeff se rend à un entretien d’embauche après des mois de chômage, Holly s’offre un peu de répit, Nick se rend à un mariage avec toute sa famille, Meg et sa compagne partent en randonnée, Caroline tente de se soustraire à sa vie compliquée, et Rhona espère rentrer le soir même pour retrouver sa fille. Huit solitudes se côtoient à bord de ce train. Et parmi elles, celle de Saheel, qui peine à trouver sa place dans une société dans laquelle il ne se reconnaît plus. Avec son sac bourré d’explosifs, Saheel n’attend plus rien de l’avenir, il attend le terminus.

 

L’auteur :

Cath Staincliffe est romancière et scénariste. Son œuvre a été récompensée par de nombreux prix littéraires. Elle est née à Bradford au Royaume-Uni, et vit à Manchester avec sa famille.

 

 

  • Editeur : Stéphane Marsan (13 juin 2018)
  • Traduction : Nathalie Guillaume
  • ISBN: 978-2378340568

 

 

Stéphane Marsan : une nouvelle collection de littérature

Une collection d'écrivains, dédiée à leurs voix singulières, leur talent, leur propos, leur vision du monde et du temps. Une littérature du réel, actuelle et humaine, dont les sujets et la sensibilité trouvent un écho dans la vie de chacun d'entre nous.

http://www.stephanemarsan.fr



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17 juillet 2018

Le Loup d'Hiroshima de Yûko Yuzuki

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Possession illégale d’armes à feu, trafic de cannabis et de méthamphétamine, paris clandestins… Dans notre secteur, les gangs commettent un grand nombre de délits au quotidien et leurs rivalités sont fréquentes. Ces individus troublent l’ordre public et menacent la sécurité.

Ainsi commence ce polar nippon de la toute nouvelle maison « Atelier Akatombo » qui, avec cette première traduction, souhaite se consacrer à la fiction japonaise.

Roman paru au Japon en 2015, ce polar est un très bon représentant du genre sans pour cela faire dans l’originalité, si ce n’est sa touche d’exotisme pour les lecteurs plus habitués aux romans policiers français ou anglo-saxons. Et effectivement, c’est cette touche exotique qui fait que c’est un polar vraiment plaisant et intéressant puisqu’au lieu de mafieux je dirais « classiques », nous avons ici des yakusas que leur réputation précède.

Très organisés et hiérarchisés, Odani, Takii, Kakomura et Irako, ces gangs asiatiques n’en sont que plus dangereux et plus efficaces. Guerre des gangs, meurtres, disparitions, vengeances jalonnent ce polar musclé.

La police nipponne, représentée ici par Ôgami et Hioka, respectivement commandant et lieutenant, entre elle aussi en guerre contre certains gangs. Ici aussi on retrouve les codes du genre avec un flic plus âgés au passé pour le moins louche et son subordonné, plus jeune, encore tout imprégné des règles qu’on lui a enseigné en école de police.

Se croisent également de nombreux gangs de yakusas, on découvre une partie de leur code d’honneur mais aussi leurs trafics sans scrupules.

Au-delà de la trame policière, l’auteure nous dépeint aussi une police corrompue, flirtant avec des chefs de gangs, les manipulant parfois pour obtenir un semblant de calme sur les différents territoires contrôlés par les yakusas.

Il en ressort, pour moi, un très bon polar qui permet de se familiariser avec le système policier japonais ainsi qu’avec la hiérarchie qu’il peut exister au sein des gangs yakusas. Vraiment intéressant.

 

4ème de couverture :

Juin 1988. Préfecture d'Hiroshima.
Le commandant Ôgami a la réputation d'être l'un des meilleurs enquêteurs du Japon. Mais selon la rumeur, il serait trop proche des yakuzas. Sa hiérarchie le trouve ingérable, pourtant elle ne peut se passer de lui. Surtout au moment où une nouvelle guerre des gangs menace, après la disparition du comptable d'une officine de prêt dirigée par la pègre. 
Sur la côte nord de la Mer intérieure, l'été est un étouffoir et la tension monte vite entre bandits d'honneur et truands vicieux. C'est dans ce contexte périlleux que le jeune lieutenant Hioka est propulsé adjoint du commandant. 
Il découvre rapidement que l'image de loup solitaire d'Ôgami est justifiée. Ses méthodes sont très personnelles voire brutales et il ne lâche jamais sa proie. Le commandant va d'emblée créer une relation de maître à disciple avec sa nouvelle recrue et l'entraîner dans une course contre la montre. Mais n'est-il pas déjà trop tard? 
Quand un apprenti gangster est assassiné, la tension monte d'un cran dans le monde yakuza. Ôgami parviendra-t-il à éviter le bain de sang ? Quel secret le lie à la belle Akiko, hôtesse d'un bar-restaurant de nuit ? La corruption est-elle vraiment où on l'imagine ? 
Hioka, candide au pays des coups tordus et témoin de tous les instants, n'aura d'autre choix que de s'engager dans un rude voyage initiatique dont personne ne sortira indemne. 

 

L’auteur :

Née en 1968, Yûko Yuzuki vit dans la préfecture montagneuse de Yamagata, au nord du Japon. Auteur d'une douzaine de romans, récompensée par plusieurs prix littéraires, elle connaît un succès grandissant dans son pays. Le loup d'Hiroshima est son premier roman traduit en France.

 

Editeur : Atelier Akatombo (Harmonia Mundi Livres)

ISBN : 9782379270017

18 €

Traduction (Japonais) Dominique et Franck Sylvain

 

https://www.facebook.com/atelier.akatombo/

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13 juillet 2018

Dans Les Angles Morts d'Elizabeth Brundage

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Il y a des thrillers policiers, ésotériques, psychologiques, maintenant même des thrillers domestiques (comprenez thriller dans un cadre familial), bref du roman usé et élimé qui sent le réchauffé à chaque nouveauté en librairie.

Et puis il y a ce que j’appellerai le thriller littéraire. Dans les Angles Morts en est un.

Vous vous demandez ce que c’est ? C’est simple, c’est un « beau » thriller en plus d’être « bon ». L’écriture est superbe de réalisme, de sensations, d’émotions aussi.

On zappe les scènes violentes inutiles et on mise sur le décor, les personnages.

L’histoire commence par la découverte du corps sans vie de Catherine, une jeune maman, par son mari. Si le mari semble désemparé, le voisinage semble tout sauf surpris. Et on rembobine un an en arrière, avant que Catherine et George emménage dans la ferme des Hale. Ici commence le récit d’un drame annoncé, d’un homme violent et désaxé, d’une famille détruite et d’une maison où drames familiaux flirtent avec le paranormal.

Le décor est rural, une petite ville avec une ferme perdue au milieu des champs. Des gens simples s’y côtoient, la plupart se connaissant depuis des générations. Et puis ces citadins qui arrivent et rachètent pour trois fois rien des maisons qui ont été saisies aux fermiers n’arrivant plus à vivre de leurs exploitations.

Ce n’est pas la forme de la pièce qui compte, lui dit-il, en en tenant une autre en l’air. Ce sont les espaces vides. Ceux qu’il faut remplir. Comme là, vous voyez ?

Ils s’y attelèrent ensemble, et quand ils eurent fini, il remarqua, C’est pas mal, non ? En bas, le puzzle disait, Le calme et le silence. Il faillit en rire, parce qu’une ferme, c’était tout sauf ça. Il n’y avait aucune vérité dans cette scène pittoresque. Ce n’était qu’un chapitre parmi d’autres du grand conte de fées qu’était l’Amérique. Si on voulait voir une vraie ferme, il faudrait des fermiers ruinés et alcooliques, des animaux affamés craignant pour leur vie. Il faudrait des épouses amènes, des enfants au nez morveux et des vieux brisés après avoir donné leur cœur et leur âme à la terre.

Les croyances et superstitions sont encore très présentes et quand plusieurs drames surviennent dans un même lieu on parle vite de lieu maudit.

Le roman nous présente tout d’abord la famille Hale, premiers propriétaires de la ferme. Les parents et les trois frères, encore adolescents, doivent abandonner bétail et maison, ne pouvant plus survenir à leurs propre besoins.

C’était des garçons peu communs, songeait Catherine. Polis, sincères – brisés. Il y avait des choses qu’elle remarquait : le demi-sourire de Cole, comme s’il était désolé d’apprécier ce travail. Son frère Wade, aussi placide que du lait, réfléchi, courtois, un peu gauche. Et Eddy, un poète inconstant, un magouilleur, qui croisait rarement son regard. Quand il le faisait, on ne pouvait pas détourner les yeux.

Tout comme dans la seconde partie où on fera la connaissance de Catherine, tout tourne autour de la mère de famille et de la relation qu’elle a avec son mari.

Elizabeth Brundage nous dresse deux tableaux de femmes aimantes mais mal aimées. Leurs histoires sont différentes tout en restant aussi tragique l’une que l’autre. Et au milieu, gravitent des enfants, des amis, des voisins, des époux parfois coupables, parfois victimes.

Il en ressort un magnifique thriller, remarquablement écrit. On espère que ses trois premiers romans seront très vite traduits en français, et d’une manière aussi parfaite que l’a fait ici Cécile Arnaud.

 

4ème de couverture :

En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps? 
Huit mois plus tôt, engagé à l'université de Chosen, il avait acheté pour une bouchée de pain une ancienne ferme laitière, et emménagé avec sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie, en passe d'être repeuplée par de riches New-Yorkais. Ce qu'il a omis de dire à sa femme, c'est que les anciens propriétaires, acculés par les dettes, s y étaient suicidés, en laissant trois orphelins, Eddy, Wade et Cole. Dans les angles morts est aussi l'histoire des frères Hale, et celle de la maison de leur enfance. Pour le shérif Travis Lawton, George est le premier suspect. Mais les secrets sont tenaces dans cette enquête où la culpabilité règne en maître. 

 

L’auteur :

Elizabeth Brundage est diplômée de l'université du Hampshire. Elle a étudié le cinéma à l'université de New York et a été membre de l'American Film Institute de Los Angeles. Elle a enseigné dans plusieurs universités, notamment à Skidmore où elle a effectué une résidence d'écrivains. Elle vit près d'Albany, dans le nord de l'État de New York. Dans les angles morts est son quatrième roman, après la parution aux États-Unis de The Doctor's Wife (2004), Somebody Else's Daughter (2008) et A Stranger Like You (2010).

 

  • Editeur : Quai Voltaire (11 janvier 2018) 
  • Traduction : Cécile Arnaud
  • ISBN: 978-2710383819

 

 

Dans les angles morts - Quai Voltaire - Quai Voltaire - Table Ronde - Site Gallimard

Dans les angles morts est aussi l'histoire des frères Hale, et celle de la maison de leur enfance. Pour le shérif Travis Lawton, George est le premier suspect. Mais les secrets sont tenaces dans cette enquête où la culpabilité règne en maître.

http://www.gallimard.fr

 

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