EVADEZ-MOI

15 septembre 2018

Taxi de Carlos Zanon

613x43daIRL

 

 

Voici une des nouveautés de la rentrée littéraire Asphalte.

Je n’avais jamais lu Carlos Zanon et la couverture m’a plu. Sans compter que l’auteur étant invité au festival Toulouse Polars du Sud (du 12 au 14 Octobre 2018) et que la 4ème de couverture était alléchante.

 

4ème de couverture :

" Il faut qu'on parle ", annonce un matin Lola à son mari Sandino, chauffeur de taxi. " Ce soir, à mon retour ", répond celui-ci, avant de se laisser absorber par la ville. Et il ne rentre pas, entamant une odyssée de sept jours et six nuits, travaillant sans relâche pour éviter cette discussion fatidique, car il le sait : sa femme, lasse de ses infidélités, veut le quitter. 
Sandino l'insomniaque parcourt Barcelone et les clients défilent, tous pénitents dans son taxi-confessionnal. Dans cette fuite vers l'avant, il tâche de venir en aide à sa collègue Sofía et à son ami Ahmed, mais ce faisant, c'est lui-même qu'il va mettre en danger. 

Avec ce roman total, Carlos Zanón montre de nouveau son pouvoir narratif en mettant en scène des personnages justes, complexes, humains.

 

Nous sommes d’accord que l’on s’attend à une succession de clients de ce Taxi barcelonais, à entendre leurs histoires peut-être et à, sans aucun doute, découvrir un peu de cette Barcelone si prisée des touristes ?

Que nenni. Sandino est bien chauffeur de taxi. C’est un personnage pas forcément très sympathique. Il n’aime visiblement pas son métier, ça on le sait dès le départ.

« Sandino n’aime pas conduire, mais il est chauffeur de taxi. Un chauffeur triste, un chauffeur dragueur, un chauffeur gentil. »

Incurablement infidèle, sa femme Lola a fini par s’en rendre compte et a bien l’intention d’en parler avec lui.

Très courageux, Sandino décide donc de ne pas affronter sa femme et de ne pas rentrer chez lui.

A force de déambuler à ne savoir que faire, il va être entraîné dans une histoire de vol et va devoir affronter quelques malfrats.

Après une première partie qui semblait prometteuse, l’histoire s’enlise et traîne en longueur. Un manque de rythme qui nous fait vite paraître ce trajet en taxi interminable.

Même le personnage de Jesus, qui pourrait apporter un peu de piment à cette histoire, n’est finalement pas exploité entièrement.

Découpé en parties représentant les 6 jours d’errance et de réflexion de Sandino, le texte reste d’une qualité indéniable quant au style. L’idée de départ est originale mais il est vrai qu’on aurait pu voir défiler d’avantage de clients pour des anecdotes qui auraient pu apporter un peu d’humour, noir ou pas et peut-être montrer un peu du microcosme de la société barcelonaise, un échantillon du pire et du meilleur.

Heureusement, dans le dernier quart du roman, l’action subit un coup de boost salutaire jusqu’au final, qui sans être des plus palpitants, m’a finalement convaincue que ce roman n’est pas si mal que ça.

Le style d’écriture est l’atout majeur de Taxi et fait qu’on a envie de continuer notre lecture.

Déçue car trompée par la 4ème de couverture, certes, mais c’est souvent un tort que de lire les résumés avant, la preuve en est. Donc ne vous y fiez pas et découvrez la plume de cet auteur espagnol qui mérite quand même qu’on s’y penche de près.

 

L'auteur:

Né à Barcelone, Carlos Zanón est écrivain, scénariste, parolier et critique. Après cinq recueils de poésie, il s’est consacré au roman : Soudain trop tard et N’appelle pas à la maison (publiés chez Asphalte puis repris au Livre de poche) ont assis définitivement sa carrière d’auteur de noir. J’ai été Johnny Thunders a remporté le prix Dashiell Hammet 2015, récompensant le meilleur roman noir de l’année en langue espagnole.

 

Au catalogue Asphalte :

 

  • Editeur : Asphalte éditions (6 septembre 2018)
  • Traduction : Olivier Hamilton
  • ISBN-13: 978-2918767817

 

 

 

Taxi

" Il faut qu'on parle ", annonce un matin Lola à son mari Sandino, chauffeur de taxi. " Ce soir, à mon retour ", répond celui-ci avant de se laisser absorber par la ville. Et il ne rentre pas, entamant une odyssée de sept jours et six nuits, s'abrutissant de travail pour éviter cette discussion...

http://asphalte-editions.com



 

Posté par LauLo-EvadezMoi à 19:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


12 septembre 2018

1994 de Adlène Meddi

51qDehR-G0L

 

 

1994… Qui s’en souvient ? Qui s’en soucie ? Adlène Meddi nous entraîne en Algérie pour nous parler de son pays et des algériens.

Il nous raconte une tranche d’histoire de son pays au travers de quatre jeunes : Amin, Sidali, Farouk et Newfel.

1994 a changé toute leurs vies.

Dans un texte construit comme une pyramide, l’auteur nous parle tout d’abord d’un passé proche 2004. Amin est en Algérie et assiste aux obsèques de son père, ancien militaire très redouté Zoubir Sellami. Sidali est depuis dix ans en cavale en France mais décide de revenir en Algérie pour revoir son ami Amin et le sortir de l’asile psychiatrique où il est détenu.

Ensuite nous remontons le temps en 1994. Les quatre copains sont lycéens. La guerre interne en Algérie bat son plein entre armée et « terroristes ». Alger est à feu et à sang, y règnent assassinats, tortures et arrestations arbitraires. Ces quatre gamins vont devoir entrer dans ce conflit dont ils ont hérité.

Elle naquit ainsi, l’armée impérieuse et anonyme, dans la chaleur humide d’un printemps plein de sang. Dans l’extraordinaire débauche de meurtres éclatant dans chaque recoin du pays chéri. Du pays payé cher, des rues de l’enfance plus petites, maintenant que, jeunes hommes, ils toisaient le monde du haut de leurs certitudes et de leurs faits d’armes passifs. Spectateurs aguerris des attentats quotidiens, meurtris, morts, mortifiés et mille fois mourants sous le soleil matraquant des kalachnikovs officielles ou non. Armement acharné, sans nom, sans raison mais, finalement, déterminé à les détruire dans ce qu’ils étaient, dans ce qu’ils seraient. Demain ou tout à l’heure.

Pour comprendre cet héritage, l’auteur nous emmène en 1962. On est à la fin de la guerre d’Algérie qui oppose les français aux algériens. Zoubir, le père d’Amin, est alors un jeune soldat de l’Armée algérienne. Farès, le père de Sidali, se bat à ses côtés. De l’histoire de ces deux hommes va découler l’avenir de leurs fils.

Dans ce texte on ressent énormément d’émotion, de rage aussi, de la part de l’auteur.

Au-delà d’un texte magnifiquement écrit, tous ces sentiments nous atteignent d’une manière rare en littérature. On ressent l’amour de l’auteur pour son pays et pour ses habitants, pour ces lieux, ces ruelles, cette Méditerranée. Mais on ne peut éluder la tristesse, les regrets, la colère qui en ressort.

L’histoire de ces quatre jeunes est poignante, tragique. Elle est servie par une plume sublime. Alors bien sûr c’est politiquement orienté, ça tente d’expliquer et de trouver des justifications mais il faut toujours avoir conscience que la vérité n’est pas forcément que d’un seul côté, qu’il faut comprendre avant de juger. Je garderai une tendresse particulière pour ce roman qui m’a beaucoup touchée et que je vous recommande sans l’ombre d’une hésitation.

Il n’y avait de certitude que la noyade. Noyer et se noyer à bout de forces dans cet océan déchaîné de sang, de larmes et de merde. Un océan noir et rouge dont les fonds abyssaux étaient tapissés de cercueils et de montagnes de douilles vides. Il fallait apprendre à nager là, tout de suite. Même si c’était déjà, et depuis longtemps et pour l’éternité, tellement trop tard.

 

Petit post-scriptum :

J’ai lu, et on en lira encore, des comparaisons entre ce roman et un autre, paru en même temps, celui de Frédéric Paulin, La Guerre est une ruse, aux Editions Agullo. Moi je m’y refuse. Ces deux romans n’ont strictement rien en commun si ce n’est le temps et l’espace. Ils peuvent être complémentaires mais en aucun cas comparés. Et je vous encourage à lire les deux.

 

4ème de couverture :

En 1994, alors que l'Algérie est déchirée par la guerre que se livrent l'armée et les islamistes, quatre lycéens de la banlieue d'Alger décident de former une organisation clandestine. Poussés à commettre un assassinat, ils échappent de justesse aux services spéciaux, la fameuse Sécurité militaire. Mais au terme de cette décennie noire, comment surmonter les traumatismes de leur génération ? Amin sera interné dans un hôpital psychiatrique tandis que Sidali, de retour d'exil, sera arrêté. Dix ans après les actions du groupuscule, leur cas intéresse encore un mystérieux général.

 

L’auteur :

Adlène Meddi, journaliste et romancier, est né en 1975 à El Harrach, dans la banlieue d'Alger. Journaliste à El Watan, il est également reporter pour Le Point et collabore à Middle East Eye. Après Le Casse-tete turc et La Prière du Maure, 1994 est son troisième roman.

 

 

1994 | Rivages

1994 : c'est l'année où tout bascule pour quatre jeunes lycéens algérois d'El-Harrach. Le pays est à feu et à sang lorsque ces adolescents décident de former, avec leurs propres moyens, un groupe clandestin de lutte antiterroriste.

https://www.payot-rivages.fr



 

Editeur: Payot-Rivages (septembre 2018)

Collection: Rivages Noir

ISBN: 978-2743644758

Posté par LauLo-EvadezMoi à 13:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 septembre 2018

La Rouille d'Eric Richer

51BBDE9tuFL

 

 

La Rouille est certainement le livre le plus étrange et peut-être le plus dérangeant que j’ai lu ces dernières semaines.

Eric Richer nous emmène dans un lieu, quelque part à l’Est. Un monde quasiment dénuée de présence féminine. Un environnement quasi psychédélique.

Les hommes et les enfants qu’on y rencontre sont des personnages très sombres.

Nói est un ado qui vit avec son père dans une casse auto. Il vit dans son monde fait de carcasses de voitures et part dans des rêves en sniffant des solvants et autre détergents. Son seul ami est son chien. Dès le premier chapitre de ce roman, on assiste à un moment violent quand le grand-père de Nói abat son chien. Nói va alors s’enfoncer encore plus dans son monde et ses délires lui feront apparaître un requin immatériel.

On ressent la solitude et le désœuvrement de Nói, la tristesse mais aussi la peur. Car dans cette communauté si fermée que l’on a tendance à croire que rien n’existe hors de ses limites, existe un rite de passage dans l’âge adulte. Une cérémonie barbare pour des enfants.

Je disais que ce roman est étrange… l’écriture est telle que vous êtes totalement transporté dans ce décor et cette ambiance, entouré des images déformées par les vapeurs que respire Nói pour s’évader de cette vie si dure et le tout sur fond de musique métal.

Je disais dérangeant… ce roman est vraiment très sombre, parfois flirtant avec le glauque ou le malsain. Il dérange mais ne choquera pas. Bien-sûr on va suivre Nói dans ses « bêtise » de jeune ado, bien-sûr on va l’excuser et presque se prendre d’affection pour lui. Parce que c’est un personnage d’une réelle portée dramatique.

C’est un roman sur le parfois difficile apprentissage de la maturité, sur le refus des conventions.

Quant à l’écriture, elle est changeante au fil du roman. Voulu ou pas, cela déséquilibre le texte. Passant d’un style assez brut mais de construction classique à des séquences très saccadées, phrases ultra courtes, parfois juste un ou deux mots, ce texte déconcerte. Il est de ceux qu’on aime ou qu’on déteste.

Pour ma part, je n’ai pas été séduite même si le personnage de Nói et le thème m’ont plu, l’ambiance générale du roman et le style m’ont vite lassée.

 

4ème de couverture :

Nói vit dans une casse automobile avec son père, quelque part dans un pays postsoviétique cerné de misère ordinaire. Bientôt, il devra passer le « Kännöst », un rite initiatique brutal, mystérieux et inquiétant imposé par les hommes de sa communauté. Entre soirées MMA, concerts de Métal et défonce aux détergents, Nói grandit comme il peut, chahuté par ses émotions, à l’ombre du grand père clanique et tyrannique. Sans jamais cesser de rêver de partir loin, très loin… 

 

L’auteur :

Éric Richer est né à Avignon en 1971. Grandit avec 7 chiens, lit beaucoup, étudie le cinéma, filme, projette, et part au Japon. Il y réalise un documentaire, revient, et retourne dans le Nóir des cabines de projection. La Rouille est son premier roman.

 

 

Editions de l'Ogre

Entre Sweet Sixteen de Ken Loach et Kids de Larry Clark , La Rouille vous attrape et ne vous lâche pas. La rouille, c'est la gangrène qui gagne le corps et l'âme de chacun, qui ronge et rend tout espoir de salut impossible.

http://www.editionsdelogre.fr



 

Editeur : Editions de l’Ogre (23/08/2018)

ISBN : 978-2377560141 

Posté par LauLo-EvadezMoi à 11:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,