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Traduit de l’anglais par Éric Chédaille.

 

Je suis tombée sur la 4ème de couverture en Janvier alors qu’on était tous loin de ce qu’il se passait ailleurs, en Asie. Il s’avère que cette lecture est à présent de circonstance et pourtant, malgré tous ceux qui se sont amusés à donner une liste de romans pandémiesque, celui-ci semble avoir été omis et c’est bien dommage, (oui, je sais, pandémiesque n’existe pas mais je m’en moque éperdument).

C’est dommage parce qu’au milieu de thrillers à sensation, tous plus mauvais les uns que les autres, la littérature offre de réels petits bijoux.

Ici, on n’est pas dans du thriller ou du roman noir, on est en littérature dite blanche, et oui !

Bien que le roman ait été écrit en 2009, il résonne aujourd’hui cruellement à nos oreilles.

Personne n’avait encore prononcé le mot d’épidémie, ni celui de pandémie. Nul ne parlait de calamité.

La première manifestation avait frappé, plus d’un an plus tôt, une maison de retraite de Phoenix, dans l’Arizona, laissant miraculeusement les pensionnaires indemnes, mais fauchant sept infirmières et aides-soignantes. Sur quoi un certain nombre d’habitants fuirent la ville – avançant la date de leurs vacances, condamnant leur maison avec des planches, s’installant dans des cabanes en montagne, séjournant chez des parents-, mais il n’y eut pas d’évacuation en masse. La grippe de Phoenix parut circonscrite, explicable. On l’imputa à la nouvelle moquette de l’établissement, puis à la contamination des gaines de ventilation où l’on trouva une chauve-souris morte.

Le texte est superbe avec Jiselle en personnage central. Jiselle est naïve, dès le début et pour une grande partie du roman. Mais elle est aussi courageuse, loyale, fidèle et dévouée. C’est un personnage féminin qu’on pourrait trouver fragile mais elle révèlera une force de caractère incroyable.

Les réactions mêmes qu’on peut lire dans le roman rappelleront sans peine la ruée, chez nous, sur les romans de Camus, King ou, pire, des auteurs faisant la promo d’un de leurs anciens romans ayant abordé le thème.

On entendit à la radio que les habitants de Chicago observaient un phénomène semblable. Les oiseaux s’y déplaçaient de parcs en jardins publics, décrivaient des cercles, survolaient le lac, puis disparaissaient.

Cela provoqua quelque panique.

Ces oiseaux paraissaient en bonne santé, mais qui pouvait dire de quelle sorte de virus ils étaient porteurs ou ce que présageait ce type de comportement ? Les parents gardaient leurs enfants à la maison, loin des jardins publics, bien que des tracts aient été placardés dans toute la ville et distribués de porte en porte expliquant que la peur des oiseaux relevait de la superstition et n’avait rien de rationnel.

Mais on s’interrogeait également quant à savoir qui était à l’origine de ces tracts.

Le gouvernement ?

Et dans quel but ? Pour empêcher la population de paniquer ou parce qu’il y avait quelque chose à cacher ?

Les Oiseaux devint le film le plus téléchargé de l’histoire et, à la télévision, les psychologues peinaient à expliquer sa popularité. On se serait attendu à ce que personne n’ait envie de regarder un film qui épousait si étroitement leurs peurs de l’époque. On observait tout le contraire.

Laura Kasischke offre un roman d’amour, le roman d’une survivante, d’une louve protégeant sa tribu, un roman empli d’abnégation et d’altruisme.

Elle révèle également tout ce que l’on peut observer aujourd’hui : méfiance envers le gouvernement, égocentrisme primaire, non-respect des consignes, déni, dépressions, sans compter l’émergence des spécialistes en tous genres, le pire de ce qui est en l’espèce humaine (qui n’a rien d’humain soit dit en passant).

Mais, et c’est certainement le plus important, ce roman n’est pas que d’actualité, il est par-dessus tout magnifiquement écrit. L’auteure à une plume qui vous fait succomber à son talent dès les premiers paragraphes et vous donnera envie de découvrir ses autres romans.

Ce roman a été pour moi et avant tout la découverte d’une auteure dont je vais m’empresser de découvrir la bibliographie.

 

4ème de couverture :

Depuis sa rencontre avec Mark, Jiselle croit vivre un conte de fées. Ce séduisant pilote, veuf et père de trois enfants, lui a demandé de l’épouser. Cette proposition est tellement inespérée que Jiselle accepte aussitôt, renonçant à sa carrière pour devenir femme au foyer. Mais son existence prend peu à peu un tour inquiétant : entre les absences prolongées de Mark, l’hostilité de ses enfants à son égard, et la mystérieuse épidémie qui ravage les États-Unis, Jiselle prend conscience que son mariage, sa nouvelle famille et tout leur monde parfait

menacent de s’écrouler…

 

L’auteure :

Laura Kasischke est née en 1961 dans l’État du Michigan. Elle est l’auteure d’une dizaine de romans, dont Rêves de garçons, La Couronne verte, À moi pour toujours, qui a reçu le prix Lucioles des lecteurs en 2008, A Suspicious River et La Vie devant ses yeux, tous deux adaptés au cinéma, ou encore Esprit d’hiver, finaliste des prix Femina et Médicis étrangers en 2013, et lauréat du Grand Prix des lectrices de Elle 2014. Elle est également l’auteure d’un recueil de nouvelles, Si un inconnu vous aborde, ainsi que de poèmes, publiés dans de nombreuses revues, pour lesquels elle a notamment remporté un Hopwood Award et la bourse MacDowell. Sa poésie est traduite en français sous le titre Mariées rebelles.  Laura Kasischke enseigne l’art du roman à Ann Arbor et vit toujours dans le Michigan.

 

 

En un monde parfait - Laura Kasischke - Folio - Site Folio

Trad. de l'anglais (États-Unis) par Éric Chédaille Collection Folio (n° 6770) Parution : 19-03-2020 Depuis sa rencontre avec Mark, Jiselle croit vivre un conte de fées. Ce séduisant pilote, veuf et père de trois enfants, lui a demandé de l'épouser. Cette proposition est tellement inespérée que Jiselle accepte aussitôt, renonçant à sa carrière pour devenir femme au foyer.

http://www.folio-lesite.fr



 

Titre original : In a perfect world

Primo-éditeur : Christian Bourgois (octobre 2010)

Editeur : Folio (mars 2020)

ISBN : 978-2072892509