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Décidément, les premiers romans français qui fleurissent en ce début d’année sont vraiment très bons.

Il en est ainsi pour cet excellent polar de Danü Danquigny paru à la Série Noire.

Parfois certains romans ont un message qui retient plus l’attention que la trame de l’histoire. Ici, ce n’est pas le cas.

Le décor de ce roman est l’Albanie que l’on découvre au travers de la vie d’Arben.

Arben revient vingt ans après avoir fui son pays, sa vie et le corps sans vie de sa femme, assassinée dans leur appartement, et part pour donner une chance d’avoir une vie différente à ses deux enfants encore petits.

Il revient sur son passé et ce qui l’a conduit à faire partie d’une des mafias les plus puissantes et dangereuses de l’Est.

Porté par un désir dément de vengeance, il revient régler ses comptes.

Il y a donc vraiment deux approches de ce roman.

La première c’est celle de la vie d’Arben. De son enfance avec ses copains, à la rencontre de sa femme et jusqu’à son retour en Albanie, Arben se rappelle ce qui l’a conduit à devenir un malfrat et l’auteur, même s’il peut distiller quelques circonstances atténuantes dues au contexte politique, économique et social de l’époque, n’absout Arben d’aucun de ses crimes et le punit, quelque part, avec le meurtre de sa femme et la souffrance qui le poursuit depuis.

La seconde c’est le tableau de ce pays des balkans, proche de la Croatie, de la Serbie mais différent des pays de l’Est plus au Nord. Les guerres fratricides qui ont eu lieu dans les années 90 dans les Balkans ont envoyés comme des milliers de débris de bombes sur toutes ces « nouvelles » républiques sorties du joug russe mais toujours observées et manipulées par le Kremlin. Cet éclatement de l’ex-URSS a été le terrain propice à l’émergence de la traite d’êtres humains, le trafic de drogues et d’armes, la corruption et les malversations en tous genres.

L’Albanie n’y a pas échappé et c’est bien ce que l’auteur, au travers d’Arben, nous démontre.

C’est un excellent premier roman dont l’intrigue est aussi prenante que le fond historico-politique.

 

 

Un extrait :

En l’espace de quelques semaines, j’avais vu mes parents disparaître et mes projets d’avenir s’effondrer. Je m’étais imaginé intellectuel, peut-être voyageur, je me retrouvais ouvrier et orphelin. Et maintenant, ma famille bien intentionnée allait me marier à une inconnue. Par ce que ça se faisait, que c’était dans l’ordre des choses, que ça avait toujours fonctionné de cette manière. Je contins l’envie de briser ma chope de bière sur le visage rond de mon oncle, en hurlant, de lui bourrer le corps de coups de poing, d’écraser du talon son conformisme comme on le fait d’un vulgaire mégot de clope. J’étouffai ce désir inouï de foutre le feu à Panda, à la maison des grands-parents, de démolir la statue d’Enver à coup de masse, d’égorger tous les commissaires politiques qui nous épiaient où que nous fussions, de pendre par les tripes ceux qui leur confiaient les secrets des autres. Je rêvais d’une apocalypse grandiose qui crèverait la bulle de ce cauchemar et m’emporterait avec elle loins de cette soumission terne qui nous tenait la gueule dans la boue.

 

 

4ème de couverture :

Dans l’Albanie d’Enver Hoxha, l’un des régimes communistes les plus durs du bloc de l’Est, Arben grandit entouré de sa bande de copains et de ses parents profs. Son avenir semble tout tracé. Mais avec la chute du régime et l’avènement du libéralisme s’ouvre une période de chaos politique et de déliquescence morale qui emportent tout sur leur passage et transforment le jeune idéaliste en malfrat endurci.

Pour tenter d’échapper à la spirale de la violence et protéger les siens, Arben n’a qu’une solution : fuir avant qu’il ne soit trop tard.

 

L’auteur :

Originaire de Rennes, Danü Danquigny est né à Montréal et vit aujourd’hui à Paris. Après des études de droit et de psychocriminologie, il a intégré la Police des frontières.

Les aigles endormis est son premier roman.

 

Editeur : Gallimard (janvier 2020)

Collection : Série noire

ISBN : 978-2072867552

 

 

Les aigles endormis

Dans l'Albanie d'Enver Hoxha, l'un des régimes communistes les plus durs du bloc de l'Est, Arben grandit entouré de sa bande de copains et de ses parents profs. Son avenir semble tout tracé. Mais avec la chute du régime et l'avènement du libéralisme s'ouvre une période de chaos politique et de déliquescence morale qui emportent tout sur leur passage et transforment le jeune idéaliste en malfrat endurci.

http://www.gallimard.fr