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EVADEZ-MOI
21 janvier 2020

Le cimetière de Gerard Guix

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Traduction du catalan par Carole Fillière.

 

Autant le dire tout de suite, cette lecture ne fait pas partie de celles que j’ai d’ordinaire. Mais cette petite maison d’édition propose des textes tellement différents de ceux des éditeurs auxquels je suis habituée que j’aime m’y plonger de temps en temps.

Le cimetière de Gerard Guix n’est pas complètement un roman, ni une nouvelle, je l’ai perçu comme un conte. Alors bien sûr, pas de ceux que l’on raconte aux enfants mais un conte pour adultes à l’ambiance très étrange de prime abord.

Et puis, on rentre rapidement dans ce décor de brume et dans ce cimetière perdu au fin fond de nulle part.

Il n’y a pas que le décor qui est surprenant, il y a aussi les personnages, ils ne sont que deux, un homme et une femme, sorte d’Adam et Eve d’un univers parallèle.

Lui est gardien d’un cimetière-musée, elle tente d’y faire ensevelir sa mère, chose totalement interdite dans leur monde.

Ce qui n’a pas manqué de me surprendre et, je l’avoue, m’a fait craindre un « next » bien senti, c’est l’écriture. Au début elle est presque enfantine et j’ai cru m’être fourvoyée avec une lecture jeunesse. Mais petit à petit, soit le style change, soit on se laisse prendre, et même en écrivant cet article, je ne sais toujours pas. Ce qui est sûr c’est que je l’ai lu d’une traite et que j’ai beaucoup aimé.

Pourquoi ? parce que ce texte a la magie des contes, il nous emmène dans un monde où nous perdons tous nos repères, que ça soit dans l’espace ou dans le temps, à l’image du voyage d’Isobel jusqu’à ce cimetière étrange et son non moins étrange gardien.

Parce que ce texte renferme aussi un message politique et pour preuve ce court passage : « Plus personne ne se plaint aujourd’hui. C’est comme cette femme, que l’on a enterrée vivante, et qui n’a rien dit, par politesse. Avec le temps, nous avons oublié ce qu’était protester et réclamer ce qui nous est dû. Nous nous taisons et acceptons tout. Nous faisons ce qu’on nous dit de faire. Il n’y a aucune différence entre nous et ces stupides androïdes programmés pour ne jamais avoir sommeil. Je ne veux pas être comme ça, moi, Travis. »

Parce que le monde dans lequel évoluent Isobel et Travis est un monde à qui on a supprimé tout accès à la culture, aux livres, un monde où tout est contrôlé et dirigé par le numérique, où tout devient sans matière, sans possibilité de choix et où tout, jusqu’à la pensée, est gouverné informatiquement.

C’est donc bien un conte mais très métaphorique que nous propose l’auteur, c’est beau, c’est déroutant et inattendu.

A découvrir absolument.

 

 

Un extrait :

Celui qui surveillait le cimetière-musée avant moi a laissé quelques livres qu’il avait dissimulés lorsqu’il est parti. Un jour, alors que je réparais le toit plein de fuites, je les ai trouvés par hasard. Au début, je ne voulais pas les toucher. Je les ai laissés dans leur cachette, j’ai fait comme s’ils n’existaient pas. Mais j’avais beau essayer d’oublier leur existence, mon esprit y revenait sans cesse et me répétait qu’ils étaient là. A portée de main. Alors je me suis fait la réflexion suivante : si les agents de la Police des Pensées les trouvaient au cours d’une inspection de routine, cela ne changerait rien si ces livres étaient à moi ou non, si je les avais lus ou non. Ils m’arrêteraient dans les deux cas. J’ai donc décidé de les brûler, comme l’exige la loi. J’ai tout préparé derrière la cabane, un matin brumeux parce que je pensais camoufler la fumée. J’ai fait une pile de tous les livres, sur des branches sèches et, déterminé, j’ai fait craquer une allumette, mais quand la flamme a été sur le point de me lécher le bout des doigts, je savais déjà que je n’allais pas les brûler. Et c’est comme ça que j’ai commencé à les lire, un par un, avec précaution car l’humidité avait abîmé certaines pages. Et quand j’eus terminé de les lire, je les ai relus. Encore et encore. J’ai vécu toutes ces histoires avec autant de passion que lors de ma précédente lecture. Tu as déjà senti les pages d’un vieux livre ? C’est le parfum le plus doux que j’aie jamais senti de ma vie. Je te l’assure.

 

 

4ème de couverture :

Dans un futur où le changement climatique et une catastrophe nucléaire ont réduit les espaces habitables, la surpopulation met en péril la vie. Il est devenu obligatoire d'incinérer les morts sous peine d'un terrible châtiment pour ceux qui tenteraient de les faire enterrer. Les familles peuvent pleurer leurs défunts dans des cimetières virtuels, les suicides sont fortement encouragés, les relations sexuelles non virtuelles et les grossesses sont interdites. Isobel jeune femme rebelle qui veut enterrer sa mère va s'éprendre de Travis, le gardien du cimetière, jeune homme fascinant qui n'est peut-être pas ce qu'il prétend être...

 

 

L’auteur :

Gérard Guix est né en 1975. Ecrivain catalan, il a publié quatre romans pour adultes et une trilogie yound adult. Le cimetière est son dernier roman. Il est aussi l'auteur de huit pièces de théâtre, dont deux ont rencontré un grand succès et ont tourné en Espagne, France, Italie et au Portugal. C'est un auteur reconnu en Catalogne et il est le lauréat de très nombreux prix. Il réside a Barcelone où il enseigne l'écriture créative, écrit et officie comme dj.

 

Editeur : Aux Forges de Vulcain (octobre 2019)

ISBN : 978-2373050493

 

 

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