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Traduction de l’anglais par Estelle Flory.

 

Depuis pas mal de temps maintenant, je suis assez fidèle aux éditions Agullo. Pas pour une obscure raison d’intérêt personnel mais parce que cette maison offre des textes plus profonds, plus engagés et propose des auteurs d’Europe et d’ailleurs.

Cette fois-ci, j’ai pas mal hésité à me lancer dans cette lecture ayant aperçu beaucoup de commentaires ou de teasings laissant penser que ce roman parlait essentiellement de musique, du punk, du rock… et je n’y connais pas grand-chose à vrai dire.

C’était l’occasion d’apprendre.

En fait, j’ai lu un texte complètement à l’opposé de ce à quoi je m’attendais.

Nous sommes en 1990, aux Etats-Unis, mais ça pourrait tout aussi bien être en France.

Brian, Gretchen, Kim, Bobby, sont au lycée. Ce sont des ados dont les parents ont d’autres chats à fouetter que leurs problèmes d’ados. Souvent désœuvrés après les cours qui relèvent plus de la torture que de l’éducation, ils se retrouvent dans les sous-sols et autres garages de leurs maisons respectives et découvrent les premiers émois et les premières déceptions en écoutant leurs groupes préférés.

La crête des damnés c’est l’histoire de l’apprentissage de l’amour mais aussi de la parfois difficile période où l’on doit passer de gamin à adulte.

Joe Meno nous rappelle ainsi nos années acné, nos rêves jamais réalisés, nos envies d’être libres et par-dessus tout notre volonté de disparaitre en adoptant le look à la mode ou en en empruntant un qui nous permettait de marquer notre appartenance à un groupe. Parce qu’y a-t-il de plus dur à vivre pour un ado que la solitude ?

Il nous rappelle ainsi que l’important est de rester soi-même sans vouloir absolument ressembler aux autres.

Moi qui avais à peu près le même âge, à la même époque, j’ai carrément pris un coup de jeune de 30 ans parce que ces ados, j’en faisais partie et que ces chansons étaient celles avec lesquelles je me suis construite.

Quant au style, il est vrai que ce n’est en rien le même que dans le précédent roman de l’auteur dont je vous parlais ici :

http://www.evadez-moi.com/archives/2018/08/30/36665861.html

Mais n’en déplaise aux esprits bouchés, si l’auteur avait utilisé le même style, cela n’aurait jamais fonctionné.

Joe Meno se met dans la peau de Brian, un gamin qui se cherche encore, qui vit au milieu de parents en train de se séparer et qui est amoureux d’une fille qu’il ne sait comment séduire tout en ayant honte par avance de passer pour un loser auprès de ses potes. Brian est touchant parce que maladroit comme tous les ados et le style de l’écriture lui donne une consistance encore plus réelle.

J’en profite pour tirer mon chapeau à la traductrice qui a réussi à garder le ton qui sied parfaitement au texte.

Alors pour terminer, j’ai longtemps hésité en mode « Should I stay or should I go », mais je vous conseille une petite dose de nostalgie avec ce roman attendrissant.

 

Un extrait :

Être punk, à l’époque, pour la plupart des jeunes, c’était une façon de s’habiller, pas quels disques tu écoutais – et c’est peut-être encore le cas dans certains endroits, je sais pas. Tous les geeks, tapettes, intellos ou nazes du collège se mirent à s’habiller comme des clodos une fois passée les grilles du lycée – fringues déchirées, épingles à nourrice, maquillage et cheveux sales, et pas un n’avait entendu parler des MC5 ou des New York Dolls, mais ça leur donnait une identité de groupe et un peu de courage, peut-être. Les gamins qui avaient passé tout le collège à se faire casser la gueule quotidiennement, eh ben, maintenant, on les pointait du doigt, on se moquait d’eux, mais personne n’allait les emmerder, et ils ne seraient plus jamais obligés d’aller se faire chier avec des connards. Être punk, ça voulait dire avoir quelque chose contre quoi se battre.

 

4ème de couverture :

" Les compiles de Gretchen étaient comme ces chansons qui semblent nous parler de nos vies. La bande-son secrète de ce que je ressentais ou de ce que je pensais à propos de presque tout. "

La Crête des damnés, c'est l'histoire d'un ado des quartiers sud de Chicago qui découvre le punk dans les années 1990. À travers les exploits et ruminations de Brian, ex-loser qui se rêve en star du rock, et de sa meilleure amie Gretchen, fan de punk et de bagarres aux poings, Meno décrit avec une grande justesse de ton les premiers émois amoureux, la recherche d'une identité entre désir d'appartenance et de singularité, les situations familiales complexes... et brosse au passage le tableau de ces quartiers et leurs démons : racisme, conformisme catholique, oppression de classe. L'âme du livre, c'est le punk, et comment la découverte de son message politique et social va bouleverser la vie de cet adolescent. Bourré de références à des groupes de punk et de rock, de cassettes compiles et de conseils pour se teindre les cheveux en rose, le livre est punk jusqu'à l'os, jusqu'à la langue : rebelle à l'autorité, brut et furieux. Comme J. D. Salinger avant lui, Joe Meno réussit le tour de force de faire sonner les mots et les tourments de cette génération dans une langue rythmique et crue, et son Brian Oswald est régulièrement qualifié de " Holden Caulfield moderne ". C'est une autre facette du Midwest qu'explore l'auteur dans ce roman, qui fait la part belle à l'énergie de la musique et à l'humour ironique de l'adolescence.

 

L’auteur :

Joe Meno est né en 1974, et a publié son premier roman à l'âge de 24 ans. Il est l'auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles, et a reçu notamment le prestigieux prix Nelson Algren. Il écrit régulièrement pour le magazine underground Punk Planet, ainsi que pour le New York Times et Chicago Magazine. Il vit aujourd'hui à Chicago. Prodiges et Miracles, son roman précédent paru chez Agullo Editions, a reçu le prix Transfuge du meilleur polar étranger rentrée littéraire.

 

 

Editeur : Agullo (septembre 2019)

Collection : Agullo fiction

ISBN : 979-1095718628