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Pour bien aborder ce roman, il faut resituer l’action dans le temps.

Nous sommes dans l’Utah en 1954.

Moins de dix ans auparavant, les Etats-Unis ont lâché leurs bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki.

La guerre de Corée vient de s’achever et nous sommes en pleine guerre froide, principalement avec la Russie, à l’époque URSS.

Ce philosophe français si laid disait que l’enfer c’était les autres. Les Marines, eux, disaient que l’enfer c’était à Guadalcanal et Nick Corey, lui, pensait que l’enfer c’était tout le temps.

L’Après-Guerre de la seconde guerre mondiale voit l’explosion de l’industrialisation, l’utilisation de minerais comme l’Uranium, le Mercure, le Chrome. C’est aussi le début des révolutions technologiques, l’expansion des mégalopoles et l’appauvrissement des zones rurales.

Les hommes naissaient pour faillir, tomber. Ils naissaient pour fauter, pécher, trahir. Polluer, souiller la terre, les eaux, le ciel et eux-mêmes. Et au fond, c’était la seule possibilité de transformation et d’évolution de l’homme : il dégradait et corrompait pour avancer.

Depuis sept ans, les USA sont terrorisés par les extra-terrestres soi-disant découverts à Roswell au Nouveau-Mexique.

C’est donc dans cet environnement, en plein Utah, que Richard Morgiève place son intrigue et son extraordinaire personnage de Nick Corey.

Nick est le shérif d’une petite bourgade, hanté par le meurtre de ses parents adoptifs quelques années auparavant.

Pendant qu’il effectue sa ronde de nuit, un avion de chasse américain s’écrase non loin alors qu’il vient de découvrir un véhicule abandonné sur le bord de la route. Arrivé sur les lieux, pas de pilote et d’étranges traces sur les roues et la carlingue.

L’armée et le FBI débarquent sans plus tarder alors que Nick découvre la piste de l’assassin de ses parents, comme un jeu dans lequel l’entraîne « le Dindon », ainsi qu’il a surnommé le tueur. Jack White, agent spécial, va mener l’enquête sur cet avion de chasse et offrir à Nick des réponses à sa quête d’identité.

Parce que ce polar c’est aussi, et peut-être surtout, une quête. Pas seulement une quête d’identité, bien que Nick ait un besoin viscéral de connaître ses origines, qu’il sait indiennes : Cherokee, Apache ? Peu importe, il traque comme un indien. Il recherche ses racines tant au niveau du sang qu’au niveau de l’environnement. Richard Morgiève décline là un discours écologique et tente de montrer l’effet néfaste de l’homme sur son environnement et les différentes espèces avec qui il le partage.

Nous sommes morts et nous sommes nés, tout ça en vain, car nous avons acheté et accumulé des choses et les choses nous ont possédés.

C’est également une quête de soi puisque Corey va réaliser et assumer son homosexualité ainsi que son amour pour Jack, dans une époque où il était encore plus compliqué qu’aujourd’hui d’être soi, tout simplement.

C’est enfin une quête de vérité par cette enquête construite comme un jeu de piste à rebours.

Le style et le ton du roman sont très originaux et si justes qu’on aurait tendance à vouloir en reproduire des pages et des pages pour montrer tout le talent de narrateur de l’auteur.

Les écrivains n’étaient rien que des gens mal dans leur peau avec des boutons et des petites bites. Ils essayaient de sortir de leur misère en racontant des histoires. Les histoires servaient à croire. Tout le monde voulait croire. La Bible, ce n’était qu’un ramassis d’histoires invraisemblables. Pourtant on y croyait ou avait besoin d’y croire. On avait besoin tout le temps d’histoires, tout le temps. […] Il fallait raconter des histoires et éviter de s’en raconter. Il fallait raconter des histoires aux gens, les écrivains l’avaient bien compris. Leur raconter des histoires pour les inquiéter, les distraire, détourner leur attention ou les prévenir qu’ils allaient se coincer les doigts dans la porte.

C’est un polar très sombre et qui a le charme désuet des années 50. Il vous sera difficile de rester insensible à certaines scènes tant elles sont poignantes, tragiques et belles à la fois.

Pour ma part, j’ai été touchée par Nick Corey, envoutée par cette intrigue.

 

 

4ème de couverture :

1954, USA : alors qu 'il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l'Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote. C'est le branle-bas de combat. L'armée et le FBI sont sur les dents. Quant à Corey, il se retrouve confronté à son propre passé : le tueur en série qui a assassiné ses parents et gâché sa vie réapparaît. Corey se lance à sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure... Et on peut tomber amoureux d'un agent du FBI.

 

 

L’auteur :

Richard Morgiève est né à Paris en 1950.

C’est un auteur prolifique mais il est aussi scénariste. La liste de ses œuvres serait trop longue, voici quelques distinctions qu’il a reçu :

  • 1993 : Prix Point de Mire pour Fausto
  • 1994 : Prix Joseph Delteil pour Fausto
  • 2000 : Mention spéciale Prix Wepler - Fondation La Poste pour Ma vie folle (Pauvert)
  • 2005 : Prix Wepler - Fondation La Poste pour Vertig (Denoël)
  • 2007 : Prix littéraire des Rencontres du livre d'Histoire de Courbevoie pour Un petit homme de dos (Joëlle Losfeld)
  • 2018 : Prix du Printemps du roman pour Les Hommes

 

 

Le Cherokee - Littérature française/Joëlle Losfeld - Joëlle Losfeld - GALLIMARD - Site Gallimard

1954, USA : alors qu 'il fait sa tournée de nuit à la première neige, sur les hauts plateaux désertiques du comté de Garfield, dans l'Utah, le shérif Nick Corey découvre une voiture abandonnée. Au même moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumière. Et sans pilote.

http://www.gallimard.fr



 

  • Editeur : Joëlle Losfeld (janvier 2019)
  • Collection : Littérature
  • ISBN: 978-2072829321