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Le pitch :

Un vieil homme est emprisonné pour meurtre. Son fils, Randolf, raconte dans un « journal intime » ce qui a conduit son père où il est. Randolf et sa famille ont vécu des mois harcelés par leur voisin du dessous. Son père finira incarcéré pour le meurtre de Dieter Tiberus, le voisin.

 

Mon avis :

Une des premières incursions, pour moi, dans la littérature germanique, et la découverte de la toute nouvelle collection Delcourt Littérature. Nous avons là un roman qu’on pourrait classer en littérature noire, ou tout du moins en gris foncé…

Le personnage principal et aussi narrateur, Randolf, est un père de famille de classe moyenne. Ils sont propriétaires d’un appartement en rez-de-chaussée. En sous-sol vit Dieter Tiberus, célibataire. Si tout va pour le mieux entre les voisins au départ, tout dérape très vite. Randolf va raconter cette descente aux enfers avec ce voisin mal intentionné, mais aussi ses problèmes de couples, sa relation très distante avec son père.

Le thème traité ici est celui de la peur, du harcèlement moral qui peut être parfois bien plus nocif qu’une agression physique.

Pour la première fois, je comprenais les peurs de mon père. J’ignorais toujours leur origine mais j’en percevais désormais le mode opératoire. Elles se manifestent sans raison apparente, bâillonnent votre esprit avant de lui crier : « Cours ! ». A l’intérieur, vous devenez une créature effrayée, ce chevreuil reniflant l’odeur du loup. Vous vous dédoublez. Vous avez beau être assis ou debout quelque part, vous êtes déjà ailleurs, courant à toute vitesse pour échapper à votre propre corps. Et cette tension insoutenable finit par vous déchirer. Sans parler de la honte immense de n’être qu’un putain de chevreuil de merde.

L’écriture est un peu plate et manque de rythme ou de noirceur pour en faire un bon roman noir. Quelques incohérences de scénario font qu’on peut avoir du mal à adhérer à cette histoire et rend finalement le personnage principal quelque peu pathétique. On attend qu’il se comporte en « vrai » homme mais ça ne vient pas. On a envie de le secouer ou d’agir à sa place. Après reste la question, que ferait-on à sa place ?

Certains passages peuvent déranger un peu dans leur fond, notamment quand l’auteur tente de se dédouaner du passé nazi de son pays quand il donne un air offusqué à son personnage envers des paroles proférées par la femme de Randolf.

L’histoire entière pourra déranger également parce que ce personnage est assez ambigu, ni attachant, ni méprisable, en tout cas au début.

Difficile donc de classer ce roman. Pas assez noir pour un bon roman du genre, trop foncé pour de la littérature dite « blanche », pas assez musclé pour un thriller, mais pour le coup, il peut convenir à tous type de lecteurs attirés par la découverte d’un de ces genres.

 

4ème de couverture :

Randolf Tiefenthaler affirme avoir eu une enfance normale, même si son père collectionnait à leur domicile un véritable arsenal. Marié et père de deux enfants, Randolf, aujourd’hui architecte, s’enorgueillit d’avoir acheté pour sa famille un nouvel appartement situé dans un quartier cossu de Berlin. Mais son confort bourgeois et ses convictions progressistes sont torpillés le jour où il rencontre l’homme qui vit sous leurs pieds. Dieter Tiberius se révèle vite un voisin menaçant, un harceleur au comportement de plus en plus erratique et inquiétant. Randolf Tiefenthaler devra répondre à une question que l’on n’aimerait jamais avoir à se poser : jusqu’où est-on capable d’aller pour protéger sa famille ?

 

L’auteur :

Dirk Kurbjuweit est rédacteur en chef-adjoint au Spiegel depuis 1999, et partage son temps entre Berlin et Hambourg. Il a reçu de nombreuses récompenses pour ses reportages, dont le Egon Erwin Kisch Prize. Il est l’auteur de sept romans (dont Deux sans barreur, paru chez Autrement).Peur est inspiré de sa propre histoire : « En écrivant Peur, j’ai replongé dans l’enfer, mais aucunement dans le souci de me délivrer de quoi que ce soit. J’y suis revenu dans le rôle du Diable. J’ai réordonné l’enfer et décidé qui allait souffrir et comment. »

 

  • Traduction : Denis Michelis
  • Editeur : Delcourt Littérature (7 février 2018)
  • Prix : 20.00 €
  • ISBN: 978-2413000396

 

 

Peur - La littérature en mouvement

" J'avais toujours cru mon père capable de commettre un massacre. Dès qu'il était question d'une tuerie aux informations, je retenais mon souffle jusqu'à ce que le nom du coupable tombe. Pure paranoïa, j'en conviens, mais nos peurs d'enfant ont la peau dure.

https://www.delcourt-litterature.fr