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Madeline est une ado qui vient dans le fin fond du Minnesota.

Quand elle n’est pas au lycée, elle tourne en rond dans la cabane de ses parents, n’ayant rien d’autre à faire que de faire une balade en canoë sur le lac ou promener les chiens dans les bois.

Jusqu’au jour où une famille emménage dans maison de l’autre côté du lac. Madeline les observe. Le père est absent, la mère seule avec un petit enfant. Peu à peu, Madeline va se rapprocher et entre dans la vie de Paul, 4 ans, et de sa mère Patra. Elle va s’occuper de Paul, lui apprendre tout ce qu’elle sait sur les bois qui les entourent. Mais Madeline, petit à petit, sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec Paul. Et le retour du père, Léo, ne va rien arranger.

 

Mon avis :

Ce roman est bien loin de mes lectures habituelles.

Si une tension certaine règne tout au long du récit, il ne s’agit pas ici d’un thriller ou d’un polar. Mais on peut le classer roman noir parce qu’il est dur et tragique.

Je découvre un nouveau style, le « nature writing » : il s’agit d’un genre littéraire dédié aux grands espaces, aux animaux, à la nature en général.

Si vous voulez en savoir plus, lisez l’excellent article que vous trouverez ici : http://www.bm-aubenas.fr/blog/livres-et-presse/nature-writing-ou-litterature-grands-espaces

Dans ce roman, la nature, le décor, le Minnesota, ses lacs et ses forêts, sont presque les personnages principaux. Le décor donne une envergure exceptionnelle à ce roman.

Mais il n’y a pas que ça, évidemment.

Ce roman aborde également plusieurs thèmes.

La période de la fin du courant hippie, de ces communautés qui voulaient revenir à la nature, rejeter toute avancée technologique, toute mouvance politique, est abordée au travers de Madeline et de ses parents, derniers membres d’une communauté qui s’est éparpillée.

Madeline vit dans très à l’écart d’une petit ville du Nord des Etats-Unis. Sa maison se réduit à une cabane avec pour toute électricité un générateur, pour tout chauffage un poêle dans la pièce principale. Sa mère récupère de vieux vêtements et les recoud pour en faire de nouveaux.

Au lycée, elle n’a pas d’amie. Alors elle invente des histoires sur ses camarades de classe, sur ses professeurs. Elle est si seule qu’elle va vivre par procuration dans la famille de Paul, s’imposant et essayant de prendre une place qui ne lui revient pas.

J’ai aimé Madeline, cette adolescente maladroite, sensible, sauvage et perdue dans ce monde dont elle se sent prisonnière.

Le thème principal et que l’on découvre au fur et à mesure de ce roman, c’est aussi celui des sectes et de leur dangerosité. Le refus par certaines de soins vitaux en cas de maladie par exemple. La force de l’endoctrinement par des « gurus » qui n’ont rien de religieux.

Ce roman a fait remonter énormément de choses en moi et m’a touchée au plus profond.

Pourquoi ? Parce que j’ai connu ce qui va arriver à Paul. Parce que j’ai également eu un couple d’amis proches, morts à cause d’une secte qui continue à exister aux yeux de tous et à envoyer ses démarcheurs à domicile.

Je vous parlerai aussi de l’écriture d’Emily Fridlund. Elle est magnifique, poétique. Elle vous donne l’impression de plonger dans un de ces lacs et de glisser dans cette eau fraiche. Vous vous fondez vous aussi au décor. Vous ressentez cette nature, le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux, la morsure du froid et la caresse du soleil.

Ça éveille en nous un sentiment de liberté, de solitude, mais aussi la peur, la peine et la colère.

Un roman initiatique pour Madeline, mais pour tous les lecteurs également. Une magnifique découverte qui restera gravée dans ma mémoire de lectrice.

 

Extrait :

Pendant le procès, ils demanderaient sans cesse, « Quand avez-vous compris que quelque chose ne tournait pas rond ? » Et la réponse était probablement : tout de suite. Mais l’impression se dissipa au fur et à mesure que j’appris à connaître Paul. Sa manière essoufflée de parler, le fait qu’il lui fallait s’assoir quand il s’excitait trop – petit à petit, j’associai simplement ces caractéristiques à sa manière d’être. Paul se montrait tantôt capricieux et fragile, tantôt maniaque et déchaîné. Je m’habituais à ses humeurs. On le prenait souvent pour un enfant plus âgé, mais il n’avait que quatre ans le printemps où je l’ai rencontré. Les paupières tombantes, de grosses mains rouges. Avec des projets d’un enfant de quatre ans, bientôt cinq : aller sur Mars, avoir des baskets à lacets. Il construisait une ville d’herbe et de cailloux sur la terrasse.

 

4ème de couverture :

Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu'il soit trop tard.

 

Troublant et poétique, best-seller dès sa parution aux États-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.

 

 

L’auteur :

Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota, où se déroule l’action de ce roman, et vit actuellement dans la région des Finger Lakes dans l’état de New-York. Titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, professeur à Cornell, elle a remporté plusieurs prix littéraires pour ses écrits et a été publiée dans divers revues et journaux. Une Histoire des Loups est son premier roman.

 

Editions GALLMEISTER

Collection : NATURE WRITING

ISBN 97-2-35178-128-9

Parution le 17/08/2017

304 pages

22,40 euros